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International, UE

De l’Orbanistan au Sarkozystan

En ce début d’année, les médias français s’en donnent à coeur joie avec la Hongrie, qui vient de voter sa nouvelle constitution. Il est de bon temps de dénoncer la dictature du premier ministre Viktor Orban, voire d’invoquer l’exclusion du pays de l’Union européenne. Certes, la nouvelle loi fondamentale craint, mais… les Français savent-ils bien où ils habitent?

Impossible d’avoir passé les premières semaines de 2012 sans avoir entendu parler de la nouvelle constitution hongroise. Choc dans l’Union européenne, provoqué par le premier ministre Viktor Orban, dont le parti, le Fidesz, a la majorité absolue au parlement. Même Alain Juppé s’en est mêlé, demandant à l’Union européenne de se pencher sur le texte. Franchement, il ne faut pas avoir honte. L’état de la Hongrie laisse bien évidemment à désirer, mais est-il vraiment plus dictatorial que cet autre Etat si proche de nous… la France?

Penchons-nous un peu sur le contenu du texte voté à Budapest. Le premier élément marquant est la fameuse «profession de foi nationale». Il est y fait référence à Dieu, et il s’agit de glorifier la Hongrie éternelle, dans ses frontières les plus larges, comprenant la Slovaquie, une bonne partie de la Serbie et de la Roumanie. On y mentionne également les symboles nationaux, et une version assez rétro de la famille y est donnée. Il faut bien comprendre que la Hongrie a été l’un des deux piliers de la monarchie double d’Autriche-Hongrie. Le royaume de Hongrie avait alors autorité sur la moitié du territoire immense que constituait cet Etat. Ceci explique encore aujourd’hui la présence de minorités hongroises importantes dans une bonne partie de l’Europe centrale et orientale. Pour comparer avec la France, il est certain que l’Etat français ne revendique pas la Wallonie ou la Suisse romande, mais a-t-on pensé à la politique très ambiguë appliquée aux anciennes colonies africaines? C’est largement plus grave que de reconnaître comme Hongrois des citoyens de Roumanie ou de Slovaquie, même si ça n’est pas forcément très sain non plus. Et puis n’oublions pas que les symboles nationaux ne sont pas oubliés dans la constitution française. La langue française non plus. Pendant ce temps, la constitution hongroise mentionne que les langues des autres nationalités présentes dans le pays sont respectées. Cherchez l’erreur… Quant à Dieu… C’est sans doute l’anticléricalisme viscéral des Français qui les fait s’offusquer. Pourtant, une grande démocratie s’en remet sans ambage à Dieu: les Etats-Unis. Question de point de vue.

Poursuivons sur d’autres points. Il est fait mention de nominations politiques dans des secteurs de l’économie, de la justice ou de l’armée. Egalement, la réforme électorale favoriserait le parti au pouvoir. Enfin, l’indépendance des médias est affectée, avec une forme de censure interdisant les propos désobligeants contre le gouvernement. Pourtant, il ne me semble pas que les nominations politiques soient inconnues du système français. Elles sont même la règle, au Conseil constitutionnel, dans les médias publics, et en général dans tout ce pan de l’économie française qui dépend des pouvoirs publics. C’est-à-dire le plus gros de l’économie, car le secteur privé en France est presque réduit à sa plus simple expression. Le système est encore renforcé par la solidarité entre les hauts fonctionnaires, qui alternent entre postes politiques, administratifs et économiques. Les élections françaises favorisent systématiquement les grands partis, avec le scrutin majoritaire (pour les députés et les conseillers généraux), le mode d’élection des sénateurs, et le mode de financement des partis politiques. La réforme des collectivités territoriales, si elle est appliquée, conduira à un renforcement du rôle des notables, c’est-à-dire des grands partis. Pour ce qui est des médias, une censure officielle n’est même pas nécessaire, tant l’autocensure est répandue. Si l’audiovisuel public est gagné au gouvernement de facto, l’audiovisuel privé est également dirigé par des proches de Nicolas Sarkozy. La presse est contrôlée par d’habiles subventions qui permettent de faire survivre des titres qui ne représentent qu’une minorité de lecteurs. Et franchement, vous trouvez que Ouest-France ou Le Télégramme sont vraiment impertinents face au pouvoir en place?

La nouvelle constitution hongroise comporte également des mesures touchant des sujets de société, ce qui a été fortement dénoncé en France. Ainsi, les subventions publiques pour les religions ne concerneraient plus que quatorze communautés. Le mariage homosexuel serait prohibé, et l’embryon reconnu comme être humain dès le début d’une grossesse. Rappelons qu’en France, aucune religion n’est subventionnée, sauf dans les départements d’Alsace et de Moselle, où les cultes catholiques, protestant et judaïque sont soutenus par l’Etat (les prêtres étant considérés comme des fonctionnaires). Au-delà de l’égalité territoriale flagrante (pour reprendre un concept glorifié par les jacobins), notons que l’islam est absolument laissé de côté. Au moins, en Hongrie, un cadre équitable est mis en place. Pour ce qui est du mariage homosexuel, il n’est pas non plus autorisé en France. Le PACS a en fait déjà son équivalent en Hongrie. Enfin, l’avortement est interdit, par exemple, en Irlande, qui est, comme tout le monde le sait, un affreux régime dictatorial.

Viktor Orban a également parlé de «renationaliser» l’économie hongroise. La France serait ici bien malvenue de donner son avis sur la question, elle qui propose le «patriotisme économique», glorifie le «produit en France», et accorde des passe-droits à ce qu’elle considère les «grands fleurons» de son économie: EDF, SNCF, Orange… Inutile de dire que la Commission européenne a fort à faire avec cette conception particulière de l’économie de marché, mais côté français les médias le présentent toujours comme des agressions de l’institution européenne dans l’exception française…

Bref, la politique de Viktor Orban reflète bien la droite conservatrice, chrétienne et pas toujours très libre-échangiste. Mais rassurez-vous, Français! Vous avez déjà la même chose à la maison. Pour voir à quoi ressemble une démocratie, il vous faudra traverser le Rhin ou les Pyrénées, et là, effectivement, la comparaison fait mal!

SAG

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