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Humeur, Identité, société, Vive la France

Quelle mémoire du 11 novembre ?

Cette année, je n’étais pas aux cérémonies du 11 novembre. Sans être un excité des commémorations, cela m’est pourtant arrivé certaines années, lorsque je trouvais une cérémonie qui me paraissait à la fois respecter la mémoire des soldats et porter des idées positives pour la société et l’avenir. Cette année, rien du tout.

Le problème en France, c’est qu’on célèbre avant tout les soldats morts pour la patrie, morts pour la victoire sur l’Allemagne (ou l’Algérie, les talibans, etc puisque désormais le 11/11 on célèbre les morts de toutes les guerres), à grand renforts de drapeaux tricolores dans tous les coins. Certes, officiellement, on parle désormais de l’Europe, mais on voit combien c’est hypocrite lorsque par-dessus une éloge de l’Europe M. Sarkozy annonce sans rire que « Le gouvernement déposera dans les semaines qui viennent un projet de loi qui fera de la date anniversaire de l’Armistice de 18 la date de commémoration de la Grande Guerre et de tous les morts pour la France »

En dépit – encore heureux – de certaines concessions à l’air du temps, la logique fondamentale de célébration du 11 novembre est restée en 1918 au sens ou on est toujours dans l’exaltation bête et méchante de la nation. Les célébrations officielles ne prennent pas en compte la diversité des soldats, et refusent par exemple de célébrer ceux qui se sont révoltés contre le casse-pipe ou on les envoyait. On refuse également de célébrer les soldats dans leur propre langue, alors qu’ils étaient par exemple des centaines de milliers à avoir le breton pour langue maternelle. Peu de choses enfin sur les soldats issus des colonies.

Comment s’étonner à partir de là que le public déserte les cérémonies, même à la télé ? Il y a pourtant un enjeu très fort de mémoire.

Il y a quelques années, j’ai personnellement assisté à deux cérémonies du 11 novembre. Une à Vannes, organisée par l’association Bemdez, se voulant « non militaire, sans uniformes et sans armes afin de célébrer la paix, selon le vœu émis par les anciens combattants revenant du front ». l’autre à Sainte-Anne d’Auray, « un moment de souvenir et de mémoire autour du grand massacre que fut cette 1ère guerre mondiale qui fit, aussi, basculer le destin et la réalité culturelle et linguistique du peuple breton. ». Deux cérémonies complémentaires même si le ton n’était pas exactement le même. D’autres m’auraient intéressé, notamment la marche pour la paix qui fut organisée à Brest en 2009 à l’occasion du passage de la flamme d’Hiroshima.

Pour revenir à la cérémonie de Saint-Anne, des milliers de personnes étaient présentes pour célébrer le souvenir, il s’agissait d’une vraie cérémonie populaire, à l’inverse des célébrations officielles de l’Etat.

Alors à quoi pourrait ressembler une cérémonie positive du 11 novembre ? Tout d’abord, il ne faut pas avoir peur d’organiser des cérémonies « à la carte » qui permettent de répondre à toutes les mémoires, en même temps ou à des occasions différentes. Cela aurait en plus l’avantage de faire partir la démarche du citoyen et non de l’Etat.

C’est déjà en partie le cas, mais par le biais de cérémonies « alternatives » organisées hors cadre officiel étatique, et souvent sans aucun soutien. Il est désormais indispensable de les soutenir plutôt que les considérer comme des adversaires de la mémoire officielle. C‘est la le rôle que devraient avoir les collectivités locales. Célébrer toutes les mémoires au lieu de diviser au profit d’une unique mémoire officielle française.

Il est ensuite nécessaire de développer un sens commun pour ces cérémonies. Le sens qui paraît le plus évident à la lecture de l’Histoire, c’est celui de la paix européenne. Rappeler qu’il est nécessaire de tout faire pour éviter à l’avenir une telle boucherie, à commencer par renforcer de toutes les façons possibles les liens entre les peuples d’Europe, autrefois victimes d’états antagonistes.

Une telle célébration ne peut évidemment pas cohabiter avec une exaltation excessive de la nation ou d’un territoire quel qu’il soit. Il y a d’autres temps et d’autres lieux pour célébrer la nation et son vivre ensemble. Mais elle ne peut surtout en aucun cas s’accorder avec la valorisation des états-nations issus du XIXe dont les luttes ont conduits des millions d’hommes à la boucherie. Aller à une cérémonie du 11 novembre avec un drapeau français reste d’une profonde obscénité.

C’est facile de faire dire toutes sortes de choses à soldats morts, ils ne viendront pas nous contredire ! Il ne faut pas en faire trop, au risque de trahir les sentiments des décédés. Cela n’empêche pas de proposer des valeurs simples, comme la paix, et le refus du système des états-nations. Une célébration est aussi une question politique, qu’on le veuille ou non.

En résumé, les mots d’ordre d’une célébration positive devraient être Sobriété, diversité, intégration européenne. Pour le reste, j’ai une idée trop positive de l’appartenance nationale pour la célébrer en glorifiant le fait d’avoir envoyé des pauvres gars se faire trouer la peau dans la boue.

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Rétroliens/Pings

  1. Pingback: La revue N. 12 : Strasbourg – Brest « Sterne - 16/11/2011

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