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Humeur, politique, UE

La France et l’Allemagne contre l’Europe ?

Les hommes politiques français, de gauche et de droite, ainsi que les éditorialistes de la presse « nationale » ont toujours parlé du couple franco-allemand, ciment et moteur de l’Europe. Depuis le début de la crise grecque, on parle même de « Merkosy » pour évoquer cette union. On parle aussi de l’attelage franco allemand qui labourerait les bonnes terres européennes. Or, parmi nos décideurs, personne ne semble voir ce qu’il y a d’antinomique et de profondément anti-démocratique avec l’idée même d’Union Européenne.

Tout d’abord, dans le « couple franco-allemand », il y a un contrat de mariage qui stipule que chacun garde la gestion de son patrimoine et de ce point de vue, ce couple n’est guère équilibré. Quand on y regarde de plus près, on s’aperçoit que tout oppose les deux pays. L’Allemagne est une république fédérale basée sur un régime parlementaire. Angela Merkel doit avoir l’aval du Bundestag qui lui-même lui donne une feuille de route avant toute négociation internationale. La France est un régime présidentiel où le président élu, sorte de monarque républicain, prétend qu’il est le résultat d’une alchimie, celle d’un homme et d’un peuple. Dans la plupart des pays démocratiques, la rencontre d’un homme et d’un peuple au-delà des clivages politiques gauche droite porte un nom : le populisme. Les Français quant à eux préfèrent parler de Bonapartisme, cela revient au même mais c’est plus chic… Cet homme-là s’affranchit volontiers de l’avis d’un parlement croupion.

La République Fédérale Allemande. n’a pas une ville qui prend le pas sur les autres. Hambourg représente le commerce maritime, Francfort, le monde de la finance, Stuttgart et Munich, celui de l’automobile, etc. alors que le centralisme français fait que tout part et revient à Paris. Pourtant, nos chers éditorialistes titrent : « Paris et Berlin se sont mis d’accord pour… ». Que penserait un Catalan ou un Lombard d’un article qui commencerait par « Madrid et Rome pensent que… » ?

Au-delà de la question des villes, c’est le principe même de couple dans une union à 27 qui pose problème. D’abord parce que cela évoque un rapport de puissances coloniales avec 25 États vassaux ou bien aussi celui de l’empire romain avec ses provinces conquises mais surtout, dans cette coopérative qu’est l’Union Européenne, avec un principe de présidence tournante, il n’y a pas (théoriquement) de petits pays. Mais où est donc passée la Pologne pendant cette crise ? Ce pays de plus de 40 millions d’habitants aurait-il disparu de la carte ?

On fait semblant de croire que le moteur franco-allemand fait fonctionner l’Europe. Oui, c’est vrai, mais alors en marche arrière… Car les égos français et allemand sont incompatibles avec l’idée même de construction européenne. Les Allemands veulent avoir la mainmise sur les finances, la monnaie stable étant une obsession héritée de la République de Weimar. Les Français voient la politique étrangère comme leur domaine naturel car seul un pays qui a engendré Napoléon peut avoir de grands desseins.

Que doivent penser les Espagnols, les Italiens, les citoyens britanniques d’une Europe qui les ravale au rang de provinces ? Si l’on suit ce raisonnement, seuls la Californie et le Texas auraient leur mot à dire dans les Etats-Unis d’Amérique.

Ce que l’on constate aujourd’hui dans l’Union Européenne c’est que ce sont les petits pays de moins de 10 millions d’habitants qui acceptent les principes d’une union basée sur la subsidiarité. Ces pays acceptent de « bon cœur » que la monnaie, la défense et la politique étrangère soit du domaine supra national. Voyez-vous la France partager son arsenal nucléaire ?

On remarquera aussi que dans les pays, petits ou grands, qui ont une constitution peu ou prou fédérale, les régions, États fédéraux ou communautés autonomes, peu importe comment elles s’appellent, acceptent plus volontiers que l’État fédéral ce fameux principe de subsidiarité. Concrètement, un nationaliste Catalan ou Ecossais est fondamentalement plus pro européen que le plus européen des politiciens français ou allemands. Dans ce contexte, est-il vraiment étonnant que les Bretons qui ont conscience de leur propre identité soient, le référendum sur le traité de Maastricht l’a confirmé, bien plus europhiles que les tenants d’une république centralisée ? Allons plus loin, les souverainistes, de droite ou de gauche, ne cacheraient-ils pas sous le prétexte de l’indépendance, un profond sentiment xénophobe ?

Poursuivons le raisonnement jusqu’au bout : si les « grandes chancelleries » comme on les appelle sont incapables de maîtriser leur ego, il n’y aura jamais d’Europe fédérale. Alors, l’unique chance que l’Europe non seulement se fasse mais simplement survive à la crise actuelle c’est que les grands États tels qu’on les connaît aujourd’hui disparaissent progressivement, simplement parce qu’ils sont devenus une couche inutile du fameux « mille feuilles » administratif. Les États de nations sont devenus un véritable contre-sens dans une Europe fédérale. Après tout, l’Italie du Moyen Âge rayonnait sur l’Europe alors qu’elle était composé d’États indépendants, de la république de Venise jusqu’au royaume de Naples. A la même époque, la Flandre pesait bien plus que la Belgique d’aujourd’hui. L’Angleterre pesait-elle moins quand l’Ecosse était encore indépendante ? Et la France quand la Bretagne l’était aussi ? Il ne nous reste plus qu’à espérer que nos amis Franciliens recouvrent leur autonomie, celle de l’époque où les rois s’appelaient encore Ducs de France. Ce jour là, le débat entre les « régionalistes » et les « nationalistes » sera devenu obsolète.

TJ

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Rétroliens/Pings

  1. Pingback: La revue N. 11 : séparatiste, autonomiste, régionaliste ? « Sterne - 07/11/2011

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