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Ecosse: le compte à rebours est lancé

Le parti national écossais (SNP), majoritaire au Parlement écossais, vient de lancer sa «feuille de route vers l’indépendance». Un programme ambitieux qui mériterait d’être étudié en Bretagne, tant sur la forme que sur le fond.

Indépendance! Voilà un mot presque tabou de ce côté-ci de la Manche… Quand on parle d’autonomie, on est déjà regardé de travers, alors indépendance… Pourtant, c’est le mot d’ordre qui a été clairement choisi par le SNP au moment de lancer sa grande campagne visant à donner le maximum de pouvoirs aux institutions écossaises. Cela ne veut pas dire pour autant que l’ambition est de rompre toutes les relations avec le Royaume-Uni, et encore moins l’Union européenne. Mais le mot est représentatif de la démarche du SNP, à la fois directe et étonnamment pragmatique. Il suffit pour cela de regarder d’un peu plus près le déroulement de la campagne et les arguments employés.

Une stratégie bien pensée

La stratégie a été dévoilée à une conférence du SNP à Inverness. Le parti s’appuie d’ores et déjà sur un «trésor de guerre» de presque un million de livres sterling, donné par le poète écossais Edwin Morgan. L’intégralité de cette somme sera utilisée pour la campagne précédent le référendum final: quand il sera demandé aux Ecossais de choisir ou non l’indépendance. Afin de compléter l’enveloppe déjà conséquente, les membres du SNP (presque 19 000 personnes) sont aussi appelés à mettre de leur poche le montant qu’ils souhaitent. Autant dire que les moyens ne vont pas manquer pour cette campagne qui est présentée comme l’effort de communication le plus important jamais mené dans la politique écossaise!

Les actions choisies commencent à être déployées grâce à ces fonds. En plus des désormais habituels outils internet (un site internet dédié: www.scotlandforward.net, et un fil twitter), le SNP dispose d’une base de données recensant les électeurs cibles.

La procédure est pensée de façon très méthodique. La première étape consiste à motiver les membres existants par la tenue de réunions dans les différentes circonscriptions, ce qui permet aussi de faire connaître les nombreux soutiens (parmi lesquels on trouve Annie Lennox ou Sean Connery) et de recruter de nouveaux membres. Deuxième étape: tendre la main à toutes les personnes favorables à l’indépendance, affiliés à d’autres partis ou non affiliés. Il existe par exemple une Convention pour l’Indépendance, indépendante de toute affiliation partisane. Troisième étape: aller à la rencontre des différents secteurs de la société écossaise, pour faire comprendre les enjeux de l’indépendance. A cette occasion, les élus et les militants seront amenés à jouer le rôle d’ambassadeurs de l’indépendance. Quatrième et dernière étape: des actions de terrain, du démarchage auprès des électeurs. L’ambition étant de contacter chaque électeur avant le référendum.

Une stratégie pour le moins pertinente, quand on sait que seulement un peu plus de 30% des électeurs écossais est spontanément favorable à l’indépendance. L’idée, c’est d’amener des personnes à voter «oui» au référendum, mais pour d’autres raisons que la simple indépendance. Ce qui fera la différence, ce sont les arguments de fond. Arguments qui sont repris dans le document de campagne «Your Scotland – Your Future».

Un projet alternatif

Sur le fond, l’indépendance est présentée comme un moyen de se différencier, voire de s’opposer aux décisions de Londres (et du gouvernement conservateur actuel) sur toutes les thématiques possibles: défense du système public de santé, refus de la guerre en Irak, refus des armes nucléaires, soutien des prestigieuses universités écossaises, création d’un réseau ferré à haute vitesse sans attendre les lignes en provenance du Sud… Et en même temps, gérer soi-même son budget, sans transfert financier vers Londres. Les éléments de stabilité ne sont pourtant pas négligés: il est proposé de conserver la reine d’Angleterre comme chef d’Etat, de garder la livre comme monnaie, et, bien entendu, l’appartenance à l’Union européenne n’est pas remise en cause et est même réaffirmée.

La Bretagne à la croisée des chemins

Le parallèle avec la Bretagne n’est pas difficile à faire. Au début des années 2000, un sondage donnait 30% des Bretons favorables à l’indépendance. Pourtant, ce pourcentage ne s’est jamais traduit dans les urnes. Peut-être parce que le SNP a su rassembler autour d’un projet politique plus large que la simple indépendance, autour d’un modèle économique et social original. Il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs: tant que cette première étape n’aura pas été atteinte et consacrée de succès en Bretagne, il est impossible d’envisager une quelconque dévolution. En revanche, si le pas est franchi, la tendance peut aller en se renforçant: il suffit alors de s’appuyer sur les résultats des gouvernements autonomes. Même à ce moment-là, c’est loin d’être gagné: c’est le constat qui fonde la stratégie du SNP.

Alors que la Bretagne s’en tire mieux désormais que la France, que les entrepreneurs n’hésitent plus à dire que «le problème, c’est la France», les partis bretons sauront-ils s’affranchir de leurs grilles de lecture identitaires pour proposer une alternative bretonne dans laquelle tous les habitants de la Bretagne, quelle que soit leur origine, pourraient se reconnaître? L’avenir nous le dira.

SG

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Rétroliens/Pings

  1. Pingback: La revue N. 11 : séparatiste, autonomiste, régionaliste ? « Sterne - 07/11/2011

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