//
you're reading...
Carton rouge, Economie, politique

Le budget de l’Etat français, miroir de l’échec d’un système

Il y a peu, le gouvernement français a rendu publique sa proposition de budget pour 2012. Un budget qui a été contraint de se résoudre à la rigueur, sans pour autant parvenir à maîtriser le déficit public. La France est-elle donc génétiquement programmée pour s’endetter?

Le gouvernement français commence enfin à sortir de l’hypocrisie, et à reconnaître à demi-mot que la crise économique est loin d’être finie. En tout cas, c’est ce que signifie sa proposition de budget pour 2012: baisse des dépenses, et hausse des impôts. Pour autant, la maquette est loin d’être révolutionnaire, et consiste plutôt en des petits bricolages à gauche, à droite. Ainsi, le déficit public devrait atteindre 4,5% du PIB, contre, il est vrai, 7,1% l’année dernière. Mais il ne faut pas oublier que la barre maximum qui avait été fixée (par la France et l’Allemagne, notamment) pour les membres de la zone euro est de 3%. Au niveau des montants, si l’Etat prévoit de baisser ses dépenses de 1 milliard d’euros, ce qui est souligné comme un record depuis 1945, il faut tout de même constater que le déficit devrait s’élever à 81,8 milliards, et la charge de la dette (c’est-à-dire seulement les intérêts, et non l’encours) à 50 milliards. La montagne a donc accouché d’une souris…

En fait, la France semble avoir les plus grandes difficultés du monde à diminuer son train de vie, ou en tout cas à mettre un peu d’ordre dans son budget. Y a-t-il une raison à cela? De mon côté, j’ai ma petite idée sur le problème. Peut-être pas la solution magique, mais au moins une grille de lecture.

Voici ma théorie: si la France est incapable de vivre en accord avec ses moyens, et plus largement qu’elle n’a pas réussi à générer une économie dynamique à l’instar de pays similaires, c’est qu’elle n’a jamais su se défaire de sa volonté impérialiste de tout contrôler. Ceci se traduit dans tous les domaines, et contribue à scléroser la vie dans ce pays, tout en coûtant très cher.

Au niveau intérieur tout d’abord: ceci se traduit en premier lieu par le système institutionnel. Là où les autres pays ont généralement une seule institution par niveau géographique (par exemple pour l’Allemagne, la commune, le Kreis, le Bezirk, le Land, la fédération), la France se permet le luxe de doublons à plusieurs niveaux. Je veux parler des préfectures de département face aux conseils généraux, et des préfectures de région face aux conseils régionaux. D’un côté on a décentralisé des compétences vers les collectivités, et de l’autre on en a profité pour renforcer le rôle des préfets. Ces derniers ne doivent plus contrôler l’action des collectivités que par rapport à la loi, mais en réalité ils tendent à s’immiscer systématiquement dans les politiques locales. C’est ainsi qu’on a inventé la contractualisation: par le biais de contrats de plan Etat-Région, de conventions-cadres pour la formation, et bien d’autres, les préfets cherchent à orienter l’action des collectivités, qui sont pourtant assez grandes pour décider de leur stratégie. Quoi de mieux pour les appâter que quelques millions mis sur la table? Mais, bien entendu, tout cela ne permet pas à de vraies stratégies territoriales de naître. L’Etat, à travers les préfets, aura toujours une stratégie différente de celle des collectivités (pour peu qu’elles en aient une), et de ce fait on aboutit à un vrai gaspillage des moyens, qui est beaucoup plus grave que le gaspillage de personnel dû à la séparation préfectures/collectivités.

Sur le plan économique, la France n’a pas moins l’envie de tout contrôler, comme si cela garantissait l’efficacité. C’est bien pour cette raison que les grandes entreprises, autrefois publiques, sont aussi soutenues, et que des grands projets comme les lignes à grande vitesse ou l’aéroport Notre-Dame-des-Landes, sont menés. Souvent au détriment de la cohérence économique locale, et contre la volonté des populations. Le problème, c’est que dans le même temps il n’existe aucune stratégie pour les petites et moyennes entreprises, qui favoriserait la création, le développement et le maintien de la compétitivité. Au contraire, les PME sont toujours les plus mal loties dans le système économique français.

Et puis n’oublions pas l’ingérence française dans le domaine des mœurs: que ce soit avec l’application de la laïcité ou la non-reconnaissance des minorités (ce qui favorise de facto la majorité, ethnique, historique, linguistique, religieuse…), l’assimilation est la norme dans la république. Comme la créativité a beaucoup à voir avec l’identité (le fait de pouvoir assumer son identité, et ainsi de s’en éloigner le cas échéant), l’initiative des individus est au plus bas. Il est caractéristique que le plus souvent, on demande à l’Etat de résoudre les problèmes de la société, alors que l’action collective est privilégiée dans d’autres pays. C’est aussi comme cela qu’il faut comprendre les grèves à répétition, simple imploration du Seigneur tout-puissant en France: l’Etat.

A l’extérieur, la vocation impérialiste de la France se décline tout autant. Le pays s’imagine encore (pour peu qu’il l’ait jamais été) une grande puissance, tente de parler d’égal à égal avec les Etats-Unis, siège à l’ONU, essaie de prendre la construction de l’Europe à bras-le-corps avec l’Allemagne, participe à toutes les guerres qui peuvent avoir lieu, mène « sa » politique africaine et « sa » politique arabe, a des ambassades presque partout, prêche la diffusion de la langue française dans le monde… Cela fait beaucoup pour seulement 70 millions d’habitants, non? L’Allemagne, avec ses plus de 82 millions d’habitants, n’a pas une volonté de présence aussi marquée.

Et le pire dans cette affaire, c’est que la Bretagne en souffre également, elle qui participe par défaut à toutes les actions de la France. La crise n’est toutefois pas insurmontable. Pour cela, nous ne pouvons compter que sur nos propres forces, pour organiser l’économie, la société, la culture… Nos efforts ne seront pas vains, et, en prime, nous pourrons avoir la satisfaction d’avoir aidé nos voisins en les ramenant aux dures réalités de la vie.

SG

Publicités

Discussion

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: La revue N. 9 : Etat français, Etat belge « Sterne - 17/10/2011

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :