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Carton rouge, Education, société

Il y a quelque chose de pourri au royaume de l’Education nationale.

Cela fait quelques années que je travaille au contact des scolaires. Non comme professeur, mais comme « médiateur du patrimoine », en clair guide sur des expositions. Comme tout le monde, j’ai eu de bonnes comme de mauvaises expériences, des gamins mignons comme tout et passionnés par tous les sujets aux fouteurs de merde intégraux décidés à pourrir la visite à tout prix, en passant par ceux qui n’osent pas prononcer un seul mot en une heure et demi.

Outre évidemment le rôle du professeur – ça ne va pas se passer de la même façon si la visite a été préparée en amont et si le prof est respecté que s’il va fumer une clope pendant que tu fais ta visite – on peut trouver plein d’explications aux différences de comportements : classes d’ages, effectifs plus ou moins importants, ville ou campagne, privé ou public…

Au quotidien, j’ai remarqué qu’il y a deux types de classes avec qui la quasi-totalité des visites se passent bien : les Diwan, et les allemands (la totalité des groupes scolaires étrangers que l’on reçoit sont allemands, ne me demandez pas pourquoi). Dans ces classes, les élèves sont à la fois respectueux et actifs, posent régulièrement des questions, et cela quelles que soient les classes d’âges. Je ne vais pas non plus idéaliser, on trouve toujours des exceptions, mais dans chaque cas cela relève clairement de l’incompétence ou du je m’en foutisme des accompagnateurs, du genre lâcher 50 élèves de seconde en visite libre dans un château médiéval sans aucune présence adulte puis s’étonner qu’ils foutent le bordel.

Je ne sais pas pourquoi les visites se passent bien avec les Diwan et les allemands – j’imagine que c’est pareil en classe. Certains diront que c’est lié à des classes plus petites. Pour Diwan Bulat-Pestivien je veux bien le croire, pour un collège de Francfort j’ai plus de mal. D’autres que ce ne sont que des enfants de CSP+ et dont les parents ont plus veillé à l’éducation. Pour Diwan Nantes peut-être (j’en sais rien), mais ça m’étonnerait qu’il n’y aie que des fils et filles de PDG à Plouargat. Alors quoi ? Et si le point commun, c’est qu’il s’agit des deux seuls publics scolaires hors éducation nationale ? Et si c’était le système d’éducation global à la française qui était défaillant ?

On peut faire deux constats. D’abord, l’éducation en France est à la ramasse : baisse des moyens, formation des professeurs inadaptée voir inexistante, système de diplome (bac) d’avantage digne du XIXe que du XXIe siècle, etc. Je suis effaré lorsque j’entend les professeurs que je côtoie parler des évolutions de leur métier.

En Bretagne, la situation est visiblement moins pire (comme l’illustrent les résultats au bac, entre autres), les bretons étant traditionnellement attachés à une réussite scolaire vue comme un facteur d’ascension sociale. Ca n’est pas pour cela que les enfants s’épanouissent plus à l’école d’ailleurs, mais au moins ils s’en sortent –encore – avec un certain bagage. Mais justement, cette situation liée à la société bretonne ne durera pas, d’une part parce que le système éducatif n’est en lui-même pas meilleur qu’ailleurs dans l’hexagone, et d’autre part parce qu’a force de voir que cela ne sert plus à rien (dévalorisation du bac et de la fac, anti intellectualisme, absence de débouchés..), tout le monde va finir par arrêter d’y croire.

Il faut donc renouveler le modèle de toute urgence si on veut éviter d’aller dans le mur. Est-ce que le système français est réformable ? Quand je vois le niveau des débats politiques actuels où la seule chose qui compte, c’est de savoir combien de profs on va embaucher, les blocages de certains syndicats autour des réformes pédagogiques, ou même ce genre d’article (qui éclaire à la fois sur les mentalités nationalistes de beaucoup et les réformes passées dans la plus grande discrétion parce qu’il est impossible de tenter une réforme au grand jour), j’ai du mal à y croire. La culture de l’éducation nationale française aura beaucoup de mal à changer. Et ce n’est pas le moment d’attendre 20 ou 30 ans pour commencer à réparer les dégâts.

La seule solution que je vois, c’est… tout bêtement d’aller s’inspirer de ce qui marche ailleurs, notamment en Allemagne. Il faut que la collectivité bretonne obtienne toute la compétence éducation et construise à partir de cette rupture un modèle alternatif ; modèle dans lequel les professeurs puissent recevoir une formation pédagogique de qualité, dans lequel l’élève soit valorisé [1] plutôt que dénigré pour ses insuffisances ( autrement dit supprimer le redoublement hors cas extrêmes, diminuer le poids de la notation autant que possible), dans lequel toutes les langues soient valorisées ; système aussi qui valorise les enseignants : au plan pédagogique, en leur accordant un maximum d’autonomie, au plan de la gestion des personnels, en créant un statut unique plutôt que d’employer des remplaçants 10 ans de suite, ou encore en travaillant sur une base régionale, parce que si les profs ne se sentent pas un minimum valorisés, ça ne marchera pas plus.

Je suis en colère contre le politique : contre les partis français bien sur, dont aucun – sauf EELV ? – n’a la volonté de réformer le système. Mais aussi contre les partis bretons. Aborder le problème uniquement sous l’angle de l’enseignement bilingue, ou même la division gauche droite, c’est voir les choses par le petit bout de la lorgnette. Evidemment, les politiques Sarkozistes de suppressions de postes à la hache font des dégâts [2], et évidemment, l’enseignement du breton et du gallo reste dans un état de sous développement lamentable. Mais publier 15 communiqués la dessus n’est pas suffisant et ne répond pas aux questions que tout le monde se pose. C’est une remise en cause globale du système qui est nécessaire. On attend maintenant un projet de fond, qui présente le transfert de compétence non pas comme une fin en soit mais un moyen pour bâtir un nouveau projet d’éducation.

Ca m’éviterait de me retrouver avec des élèves bretons qui contrairement à leurs camarades allemands, ont peur d’ouvrir la bouche quand on leur pose une question.

KJ

[1] Il paraît évident que « Le bien-être, le plaisir à l’école sont des outils pédagogiques, et doivent être reconnus comme tels, pour participer pleinement à la progression, à l’épanouissement des enfants« . Et pourtant, dans le système français, cela ne va pas de soit.

[2] par contre, ce n’est pas la gauche qui a mis en place le 10e mois de bourse, comme quoi tout n’est pas blanc ou noir de ce point de vue.

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Discussion

2 réflexions sur “Il y a quelque chose de pourri au royaume de l’Education nationale.

  1. Et c’est pas pret de changer :

    http://www.lemonde.fr/societe/article/2011/10/12/vers-l-evaluation-des-eleves-a-risque-des-5-ans_1586052_3224.html

    « Tests en CE1, en CM2, et aujourd’hui en maternelle… L’évaluation gangrène tout le système. La place que la maternelle accordait au jeu, au plaisir quotidien, me semble aujourd’hui fortement menacée par ce type de procédé. »

    Publié par K. J. | 12/10/2011, 11:14

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: La revue N.8 – National « Sterne - 09/10/2011

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