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Economie, Humeur

Achetez breton!

L’achat breton est de plus en plus souvent présenté comme un argument de vente à part entière. Il serait facteur de création d’emploi en Bretagne. Mais pour certains, le label « breton » dissimule des réalités très diverses. Acheter breton, version locale du commerce équitable, ou simple avatar alimentaire de la préférence nationale?

La dernière campagne de l’association « Produit en Bretagne », qui rassemble des entreprises de tous les secteurs implantées dans les cinq départements bretons, ne sera sûrement pas passée inaperçue. Le désormais célèbre « je relocalise » aura provoqué nombre de débats animés. L’achat de produits bretons y est présenté comme une manière de soutenir « l’emploi et l’environnement » de notre pays. Bien entendu, on n’attendait guère autre chose d’une association qui a précisément pour but de mettre en avant les produits bretons, afin de promouvoir leur consommation. A priori, l’équation semble d’ailleurs fonctionner: qui dit achat breton, dit entrées financières pour les entreprises bretonnes, et donc potentiellement création d’emplois, et amélioration du bien-être. Un cercle vertueux en somme. Les derniers chiffres disponibles présentant la Bretagne comme une région économique dynamique en termes de création d’emplois et d’attractivité, et comme une zone de bonheur, semble aller dans le même sens. Mais tout n’est peut-être pas si rose.

Achat breton, pas toujours équitable

Pour certains, l’achat breton ne présente aucune garantie de commerce équitable ni de développement durable. Telle grande enseigne de supermarchés, ou encore telle marque de cosmétique, par exemple, auraient des pratiques commerciales pour le moins peu respectueuses de leurs fournisseurs et ne traiteraient pas forcément mieux leurs employés. D’aucuns sont même prêts à appeler au boycott. Le label breton cacherait des réalités très diverses: d’un côté, on aurait les bonnes entreprises, celles qui produisent exclusivement en Bretagne, selon des règles éthiques, et de l’autre les patrons de (généralement grandes) entreprises, qui oppriment les travailleurs dans le monde et tirent honteusement bénéfice de la mondialisation pour faire des profits scandaleux.

Il ne faut sans doute pas prendre à la légère ces accusations. Il est bien entendu important de connaître le fonctionnement des entreprises bretonnes pour éviter qu’elles n’agissent que pour leur bien, et pas celui de la collectivité en général. Mais une action telle qu’un boycott est très vite mise en défaut par des considérations pratiques: décider de ne pas acheter chez certaines marques, oui, mais au profit de quelles autres marques? Est-on sûr qu’ailleurs, c’est mieux? Et puis, il ne faut pas oublier que la Bretagne n’est pas l’Île-de-France: nous disposons d’une diversité d’entreprises plutôt dynamiques, c’est entendu, mais la plupart des centres de décision ne sont pas en Bretagne. Si les quelques centres qui sont présents sont affaiblis, ce sera le poids de la Bretagne dans son ensemble qui sera relativisé. En un sens, la présence de grands groupes peut favoriser le dynamisme des PME, qui sont les vrais vecteurs de l’innovation et de la création d’emploi.

Les entreprises, une affaire de société

Que faire, alors? Cela ne vaut pas pour autant dire qu’il faut consommer breton de manière aveugle, sans aucune exigence. Les consommateurs sont aussi citoyens, travailleurs, voire syndicalistes. La société bretonne dans son ensemble peut faire que ses entreprises soient à la fois dynamiques et exemplaires en matière d’éthique.

Par ailleurs, l’achat breton est foncièrement différent du « patriotisme économique » français. Il est d’ailleurs amusant que ce terme employé officiellement par le gouvernement français à multiples reprises ait été imaginé ironiquement par Alphonse Allais. Le patriotisme économique français, c’est la volonté de privilégier l’économie française envers et contre tout, en se substituant à toutes les autres productions qui peuvent exister. C’est un mélange de protectionnisme et de chauvinisme étriqué. L’achat breton est bien différent: il assume totalement la mondialisation, et s’inscrit dans la perspective d’une consommation qualitative, qui n’a pas forcément vocation à occuper tous les terrains. L’achat breton est innovant dans la mesure où il cherche à se différencier, alors que l’achat français est simplement lié au droit du sol. Je peux très bien acheter de la charcuterie espagnole, avec du parmesan italien, et une bonne bière bavaroise. Dans le même temps, je peux acheter sans contradiction aucune de l’andouille de Guéméné, un fromage du Centre-Bretagne, avec une bière ambrée bretonne (pour rester sur les mêmes produits).

En conclusion, achetez breton, quand vous le souhaitez et dans la mesure de vos moyens! Ce sera toujours bon à quelque chose pour le pays!

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Rétroliens/Pings

  1. Pingback: La revue N.8 – National « Sterne - 09/10/2011

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