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Critique d'ouvrage, Culture, société

10 livres pour construire la Bretagne de demain – 1: La citoyenneté multiculturelle (Will Kymlicka)

L’objectif de cette série est d’évoquer dix livres qui peuvent être utiles pour construire la Bretagne de demain. La liste n’est pas figée, aussi, chers lecteurs, n’hésitez pas à nous soumettre vos textes concernant des livres qui vous semblent mériter d’y figurer ! Nous les publierons bien volontiers sur ce blog. Pour démarrer, un peu de philosophie politique.

Le premier livre que nous vous proposons ne traite pas directement (ou en tout cas ouvertement) de la Bretagne. Pour autant, il n’en est pas moins porteur de réflexions essentielles sur les sociétés actuelles, dont la société bretonne doit faire partie. L’objectif de Will Kymlicka, l’auteur, est de concilier deux théories politiques qui semblent a priori s’opposer: la théorie libérale et la théorie communautariste. Il est intéressant de noter que le sociologue breton Ronan Le Coadic a largement inscrit ses recherches sur les minorités dans la lignée de cet ouvrage. Il existe d’ailleurs même désormais un cours en breton sur les minorités dans le cursus de licence de breton.

Le libéralisme politique

La théorie politique libérale repose sur la primauté des droits de l’individu, dénommés également droits humains, et que l’on retrouve dans la plupart des démocraties modernes. Nombre d’auteurs ont permis l’émergence de ce libéralisme: Montesquieu, John Locke, Tocqueville, John Stuart Mill, Raymond Aron, John Rawls… Les droits individuels s’opposent aux droits collectifs, qui tendent à donner la prééminence au groupe par rapport à l’individu. De ce fait, les penseurs libéraux sont généralement hostiles à la reconnaissance de droits collectifs. Ce n’est pas le cas de Will Kymlicka qui, s’il s’avoue clairement libéral, cherche néanmoins à permettre la reconnaissance de droits collectifs, en particuliers de droits en faveur de groupes minoritaires.

Les groupes minoritaires

L’auteur s’applique tout d’abord à bien différencier les types de groupes minoritaires qui peuvent exister dans une société. On y trouve ainsi des groupes issus de l’immigration, des groupes ayant en commun des préférences (les « nouveaux groupes sociaux »: homosexuels, mais aussi végétariens, amis des animaux de compagnie…), et enfin des groupes historiquement présent sur le territoire où ils se trouvent, mais qui ne peuvent s’identifier totalement au groupe majoritaire de l’Etat: les minorités nationales. Il s’agit par exemple des Indiens d’Amérique, mais aussi des Basques, des Ecossais, et pourquoi pas… des Bretons.

Les droits collectifs

Ensuite, le livre différencie entre les types de droits collectifs qui peuvent être accordés: il peut s’agir de droits de représentation, de droits d’usage (exemple: le voile) ou bien de droits à l’autonomie voire à l’autodétermination. L’idée est que tous les types de droits ne sont pas forcément adaptés à tous les types de minorités. En particulier, les droits à l’autonomie gouvernementale semble pertinents pour les minorités nationales.

Dans une autre partie de l’ouvrage, Will Kymlicka démontre comment les droits collectifs ne sont pas forcément contradictoires des droits individuels, et peuvent même être essentiels. L’argument de l’auteur est que tous les individus se construisent dans un cadre collectif, ce qui leur permet ensuite d’exercer leurs droits individuels. Ce processus est très simple pour le groupe majoritaire, dont le cadre collectif est véhiculé par le gouvernement. Mais c’est plus difficile pour les groupes minoritaires quand ils ne peuvent pas s’exprimer. Il peut donc être nécessaire d’accorder une autonomie à ces groupes pour leur permettre de donner un cadre collectif à leurs membres. La limite étant le respect des droits individuels: pas de contrainte. Tout membre doit pouvoir quitter son groupe d’origine par choix.

La situation de la Bretagne

Voici en quelques lignes résumé un ouvrage qui mériterait encore bien des développements! Mais, me direz-vous, quel rapport avec la Bretagne? C’est là que les recherches de Ronan Le Coadic font le lien. La question est: les Bretons forment-ils une minorité nationale? Si tel est le cas, ils peuvent réclamer des droits collectifs dans le cadre de l’Etat français. Il se peut aussi que ces mesures ne soient que transitoires: en effet, les Bretons sont en situation minorisée en France, mais sur leur territoire ils sont en majorité numérique. Si la Bretagne accédait à de plus larges pouvoirs, les Bretons ne pourraient donc plus être considérés comme une minorité. Mais le livre de W. Kymlicka serait toujours d’un grand secours pour construire la nouvelle société bretonne: comment traiter la Basse-Bretagne et la Haute-Bretagne? Quels droits pour les populations immigrées en Bretagne? Quel traitement pour les nouveaux groupes sociaux? Autant de questions qui seraient encore à défricher, d’autant plus qu’elles ne sont aucunement traitées du point de vue politique actuellement.

10 livres pour construire la Bretagne de demain – 1: La citoyenneté multiculturelle  (Will Kymlicka) La Découverte, 2001 pour la trad. fr.

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