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Gros plan, Littérature

Les très riches heures de la littérature de langue bretonne (I) : Enez ar Rod / L’île sous cloche

La littérature de langue bretonne est assez peu connue des non-brittophones, notamment parce qu’elle est assez rarement traduite. Et pourtant, elle comporte beaucoup d’oeuvres dignes d’intérêt, souvent éloignées du folklore gentillet et rébarbatif auquel on peut associer la Bretagne. Dans cette série, nous souhaitons faire découvrir aux non-brittophones plusieurs oeuvres marquantes écrites en langue bretonne, afin de – qui sait? – leur donner envie d’en savoir plus, et d’apprendre le breton!

 Episode 1 : Enez ar Rod, Langleiz (Xavier de Langlais), Mouladurioù Hor Yezh, 2000 (1ère édition: 1945)

Voici pour commencer un roman de genre assez connu des spécialistes de la science-fiction, dans la mesure où son auteur en a publié lui-même la traduction française. Je veux parler d’« Enez ar Rod » de Langleiz (Xavier de Langlais), ou « L’île sous cloche » selon son titre français. Contrairement à ce que l’on peut lire dans divers forums, il ne s’agit absolument pas du seul roman de science-fiction écrit en langue bretonne: dans cette catégorie, l’on pourrait ranger également « An Aotrou Bimbochet e Breizh » (politique-fiction) de Roparz Hemon, « Enez ar Vertuz » de Youenn Olier, ou encore « Bouklet ha minellet » de Yann Gerven. Mais nous y reviendrons.

La date de première publication peut surprendre, mais il faut se replacer dans le contexte. L’auteur, Langleiz, n’est autre que l’un des membres les plus éminents des « Seiz Breur », le fameux mouvement artistique breton moderniste de l’entre-deux-guerres, qui a compté comme autres membres René-Yves Kreston ou Jeanne Malivel. Parmi ses gravures, on peut signaler la couverture de la revue « Dihunamb » créée par le Vannetais Loeiz Herrieu.

L’argument d’ « Enez ar Rod » est assez simple. Liliana, une jeune fille, se retrouve sur une île mystérieuse après un naufrage. Elle rencontre des habitants étranges, aux fonctions bien définies, et au physique parfaitement adapté à ces fonctions. La société de l’île semble organisée de façon très rationnelle, selon des principes scientifiques. Liliana cherche à s’enfuir, mais elle verra l’île se dérégler à son contact…

Il est souvent reproché à ce livre de ne pas être un vrai roman, dans la mesure où ce n’est pas sur l’action que se concentre l’auteur, mais sur la description. Malgré tout, je dois avouer que j’ai réellement apprécié la lecture d’ « Enez ar Rod ». Le point fort du livre est clairement la maîtrise visuelle de l’auteur. Langleiz parvient à créer un monde original en employant une langue hautement poétique. La version bretonne est sans doute plus intéressante que la française, car elle comporte des expressions vannetaises qui ajoutent encore à l’ambiance. Et puis l’édition de Mouladurioù Hor Yezh présente l’avantage non négligeable de reprendre les gravures de l’auteur, tout simplement superbes. Au niveau du fond, « Enez ar Rod » est une contre-utopie remarquable à comparer avec celles de Wells (The Time Machine/La machine à explorer le temps) ou de Huxley (Brave New World/Le meilleur des mondes). Langleiz exprime lui aussi ses doutes au sujet du progrès et de la rationalité. Il exprime aussi le désarroi d’une jeune fille qui semble la personnification de la Bretagne avec ses valeurs de liberté, de spiritualité, d’amour. Désarroi face à un monde de plus en plus mécanique et froid. Ce n’est sans doute pas un hasard, d’ailleurs, si Langleiz utilise le thème si breton de la ville engloutie pour sa vision futuriste.

Trop linéaire comme roman? Peut-être. Mais ce n’est pas forcément étonnant pour un roman de genre. Il n’en demeure pas moins qu’ « Enez ar Rod » est une oeuvre subtile, éblouissante, fascinante, merveilleusement écrite. Une oeuvre qui fait honneur à la littérature brittophone, et que tous les Bretons (et les autres) devraient découvrir, au pire en version française, et au mieux, bien sûr, dans sa version d’origine!

SG

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  1. Pingback: La revue N.7 : Science-Fiction. « Sterne - 03/10/2011

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