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Humeur, International, UE

Crise financière : problèmes européens, réponses européennes !

La crise économique que traverse l’Europe entière (et non la seule zone euro) a ravivé des débats institutionnels portant sur la nécessité même et les inconvénients supposés d’un abandon des souverainetés nationales. D’un point de vue breton, il faut montrer pourquoi en matière financière et monétaire, la Bretagne doit agir global et non se replier sur soi. Les options sur l’avenir de l’Europe n’ont en effet jamais été aussi simples et malheureusement manichéennes : soit on avance vers le fédéralisme, soit on abandonne tout et on en revient au XIXe siècle.

Il n’y a pas de crise de l’euro, il y a une crise de la dette dans la zone euro comme ailleurs.

On pourrait penser que cette crise financière marque un échec de l’Europe et surtout de la construction européenne en matière économique et monétaire. Que le problème vient du fait que la Grèce fait partie de la zone euro, et, nous disent certains, qu’elle s’en sortirait mieux sans l’euro. Or il n’en est rien. Non seulement des pays hors de la zone euro ont les mêmes problèmes (la Lettonie, la Roumanie, la Hongrie) et, surendettés, ont du faire appel au FMI pour être capable de rembourser leurs prêts, mais surtout des États tels que les Pays-Bas n’ont pas de problème de dette souveraine tout en étant dans la zone euro. L’appartenance ou non à la zone euro n’a rien à voir avec les problèmes de dette. Tout au plus l’euro permet à des pays d’atténuer le poids de leur dette car elle est libellée dans une monnaie forte, et à l’inverse a permis à ces pays de vivre pendant des années avec des taux d’intérêts plus faibles ce qui n’a peut être pas été forcément une bonne chose. Il n’y a pas de crise de la dette spécifique à la zone euro. La disparition de l’euro ne résoudrait pas plus la crise qu’elle ne poserait les conditions de sa résolution, puisque des États en dehors de la zone euro sont aussi confrontés à ce genre de crise.

L’euro a comme toutes les monnaies a ses avantages et inconvénients. Il n’est pas plus responsable de la crise ou de son aggravation qu’il n’est responsable de la grippe aviaire. Il a en revanche l’avantage d’empêcher une guerre des taux de changes entre les différents Etats Membres qui si ils avaient gardé leur monnaie nationale, se livreraient à un concours de dévaluations toutes plus catastrophiques les unes que les autres pour l’emploi et la croissance et à une guerre des taux de changes, comme celle qui aggrava la récession de 1993. L’existence de l’euro a permis d’éviter une crise comme nous en avons connu il y a vingt ans, et a de ce point de vue « limité la casse ».

Une zone monétaire commune avec des économies hétérogènes ne pose aucun problème.

Le fait que les économies des États européens diffèrent n’a aucune espèce d’importance. Le fait que l’Allemagne et la Grèce aient des différences de richesse et de structures macro-économiques n’est absolument pas un handicap pour avoir une monnaie commune. Les Hauts de Seine et la Lozère ont eu pendant des décennies une monnaie commune – le franc français – avec des écarts de revenus bien plus importants que l’Allemagne et la Grèce sans que cela ne menace en rien l’existence de cette monnaie française. De la même façon, les écarts de richesse entre les différents Etats des Etats-Unis d’Amérique ne menacent en rien l’existence du dollar américain, et personne ne songe à introduire une monnaie propre à la Californie ou au Texas afin de résoudre la situation financière qui est tout aussi catastrophique que celle de la Grèce.  La vraie question se situe ailleurs.

Le problème est doublement institutionnel.

L’euro est un projet politique et non économique. Il est un symbole, celui de l’abandon des souverainetés nationales. Car leur existence en temps de crise mène à des réponses nationales, donc concurrentielles. Elle mène et aurait mené si la zone euro n’avait pas existé à une guerre des taux de change et à une confrontation entre les différents intérêts nationaux.

Les partisans d’une telle attitude sont des fous dangereux qui veulent mener l’Europe à la division et à la confrontation entre les peuples. Ils préconisent l’arrêt de la construction européenne et un retour au XIXe siècle, à l’affrontement économique entre les peuples d’Europe. Or ce dernier est toujours un prélude à l’affrontement tout court.

Avoir une monnaie commune sans gouvernement commun digne de ce nom et avec des compétences clairement délimitées, voire limitées bien entendu, est une situation institutionnelle qui n’est pas viable. Il ne s’agit pas de dire que les Etats doivent être placés sous surveillance comme le proposent certains gouvernements nationaux. Le fédéralisme européen ne signifie pas en effet de mise sous tutelle mais bien une autonomie réciproque des Etats et du pouvoir fédéral européen les uns par rapport aux autres. Le dollar n’est pas menacé par les spéculateurs malgré la crise de la dette parce que Washington dispose d’une administration qui fonctionne normalement. C’est ce dont nous avons besoin à l’échelle européenne.

Il n’y a pas de réponse nationale à la crise financière.

Plus personne ne peut nier le fait que les transactions et l’économie financière prennent une place trop importante dans nos économies. Il est devenu nécessaire – pas uniquement d’un point de vue philosophie ou théorique mais d’un point de vue économique – de diminuer leur poids et donc leur volume.

Or comme tous les secteurs d’activité économique, la finance ne s’est pas développé par l’opération de la main invisible. Elle s’est développée parce que la puissance publique lui a donné des conditions favorables à son développement, en particulier d’un point de vue fiscal. Pour réduire son importance, il faut utiliser le levier de la fiscalité, comme c’est le cas pour tous les secteurs d’activité. D’où la nécessité d’une taxe sur les transactions financières si on souhaite réduire l’économie financière. Les secteurs d’activité se développent ou disparaissent en effet en fonction des conditions macro-économiques mises en place par la puissance publique.

Concevoir une telle taxe dans un contexte national en revient à vouloir une compétition fiscale entre des Etats qui font partie d’un seul et même marché économique (même si ce dernier est en partie inachevé). C’est une position incohérente : marché commun et politique fiscale commune vont de paire, soit on prend tout, soit on ne prend rien. Si on ne souhaite pas réinstaurer les droits de douane et les frontières nationales, il est donc évident qu’une taxe sur les transactions financières doit être mise en place au niveau européen. Et terminer en toute logique dans les caisses de l’Union Européenne. Ceci est une nécessité démocratique car le Parlement Européen, désormais législateur à part entière sur les questions budgétaires, aura alors à débattre politiquement et décider quoi faire de ces revenus pour l’Europe, de décider à quelles politiques affecter plus ou moins de budget. Bref, cela créera à l’échelle européenne un véritable débat démocratique auquel les citoyens pourront s’identifier en tant qu’européens.

Cet exemple de la taxation des transactions financières illustre le fait que le véritable enjeu de la crise économique est institutionnel et que les solutions sont hélas assez binaires : soit un retour à l’affrontement économique entre les peuples, prélude à l’affrontement tout court. Soit un progrès de la construction européenne, qui passe bien entendu par un désarmement encore plus poussé des souverainetés nationales.

SK

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  1. Pingback: La revue N.6 : progressisme « Sterne - 26/09/2011

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