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Humeur, Médias

Une télé dans ma Bretagne !

La revendication de création d’une chaîne de télévision bretonne est ancienne. Mais quel est l’état des lieux actuel? Et de quoi s’agit-il réellement?

La situation de la télévision en Bretagne a déjà été évoquée sur notre blog, et a d’ailleurs donné lieu à un commentaire avisé d’un spécialiste en la matière, André Lavanant. Dans les lignes qui vont suivre, il ne va pas s’agir de revenir sur une présentation des faits, déjà très bien réalisée, mais plutôt d’évoquer le contexte et les enjeux de l’extérieur.

Que trouve-t-on actuellement comme média télévisuel dans notre pays? Il faut tout d’abord mentionner France 3 « régions », au périmètre à géométrie variable: tantôt « Ouest », tantôt « Bretagne » ou « Pays de Loire », tantôt « Iroise », « Haute-Bretagne » ou « Littoral »… Une répartition locale bien ambitieuse au vu de l’indigence des programmes réellement régionalisés: un décrochage info par-ci par-là, quelques documentaires dont le potentiel soporifique est souvent supérieur à une saison intégrale de « Derrick », des émissions en langue bretonne servant de bouche-trou, et surtout pas en Loire-Atlantique… C’est triste à dire, mais France 3 Bretagne est sans doute la principale raison qui explique que je me sois si longtemps désintéressé de ce qui se passait en Bretagne. Si le niveau des programmes était similaire à la chronique des chiens écrasés du « Ploërmelais », ce devait être que les grands enjeux étaient ailleurs: à Paris ou à Bruxelles, la question de savoir si la Vème République est un régime parlementaire ou présidentiel, ou bien la législation européenne sur les boîtes d’emballage, voilà bien des débats qui me semblaient essentiels.

Et puis on trouve aussi les multiples télévisions locales: TBO, Armor TV, Ty Télé (notez bien le « y », qui n’est plus guère employé en breton depuis le début du XIXème siècle), TV Rennes, TV Nantes. Certes, avec ce panel, on couvre à peu près toute la Bretagne. On se demande si, pour boucher les zones blanches, les décideurs ne vont pas lancer « Canal Sein» ou « Clisson Channel ». Soyons sérieux. Les programmes émis sur ces chaînes peuvent être très intéressants, mais vous avez vu un pays qui, sans avoir de chaîne nationale, se permet le luxe d’une multitude de chaînes locales?  Et puis vraiment, j’ai beau être Finistérien, cela ne m’intéresse pas de regarder une télévision qui se cantonne à mon coin. J’ai étudié à Rennes et à Nantes, pas à Quimper ou Brest, et je ne suis pas seul dans ce cas. L’excès de localisme déforme la réalité jusqu’à enlever tout sens aux actions de la société, qui tente pourtant de s’organiser au niveau de la Bretagne.

Depuis l’échec de TV Breizh (dû assez largement aux difficultés que la chaîne a rencontrées pour obtenir une diffusion), voilà le paysage télévisuel breton. Il y a de quoi être affligé. Ayant la chance de traverser régulièrement le Pays basque (Sud), je peux vous dire que la situation là-bas n’a rien de comparable: deux chaînes, l’une en basque et l’autre en espagnol, avec en plus une chaîne internationale (que je regarde souvent de chez moi) qui combine les deux langues. Des programmes de tous les types, qui n’ont rien à envier à ceux de la télévision publique espagnole: sitcoms, films, actualités, météo, variétés, sketches, sport… Le tout produit exclusivement au Pays basque. Même chose en Catalogne: au point que c’est un film tout en catalan, Pa negre, qui a remporté le plus de prix Goya (les Oscars espagnols) l’année dernière. Tandis qu’en Bretagne, quand on fait un film sur l’affaire Seznec ou les sardineries de Douarnenez, ce sont des téléfilms, tout en français contre toute vraisemblance.

Mais pourquoi, finalement, faudrait-il qu’il y ait une télévision bretonne? Ce n’est pas compliqué. Déjà, parce que les Bretons le demandent. Pas tous, sans doute. Mais une bonne partie. Pour preuve, le projet TV Tasmant, qui se focalise sur l’audiovisuel en breton et recueille de nombreux soutiens. Vous avez déjà vu, vous, des habitants de la région Centre se manifester pour la création d’une télévision régionale?

Ensuite, les Bretons méritent d’avoir leur propre télévision car ils paient déjà pour un service audiovisuel, ce qui n’est pas le cas dans tous les pays. Et en échange de cette taxe, qu’est-ce qu’ils ont? Une sitcom marseillaise dont on veut leur faire croire qu’elle est plus proche de leurs préoccupations qu’une sitcom américaine ou anglaise? Des talk-shows organisés de Paris, par Paris et pour Paris? Arrêtons de nous faire tondre comme des moutons. Une télévision bretonne, c’est la perspective de tout un secteur audiovisuel, et des emplois à la clef. C’est aussi un moyen de favoriser la citoyenneté bretonne. C’est enfin la voix de la Bretagne à l’international.

On peut choisir de ne pas s’intéresser au problème. Mais alors que les futurs Bretons travailleurs pauvres de l’audiovisuel parisien, qui seront incapables de payer le loyer de leur 10m² en banlieue pour cause de flambée permanente des prix parisiens, et dont les perspectives d’avenir seront anéantis, que ceux-là ne viennent pas se plaindre. C’est avant qu’il fallait agir.

SG

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Rétroliens/Pings

  1. Pingback: La revue N.5 : médias. « Sterne - 19/09/2011

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