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Gros plan, Médias

Quel journal pour les Bretons ?

Aujourd’hui, il n’existe pas de quotidien écrit d’information à l’échelle de la Bretagne. Quel est l’état de l’offre journalistique ? Quelles conséquences sur l’évolution de la Bretagne ? Quelles évolutions possibles ?

Le constat du vide

En quoi consiste l’offre de quotidiens écrits ? Les quotidiens hexagonaux couvrent théoriquement l’ensemble du territoire français. Dans les faits, Le Monde, Libération et Le Figaro constituent avant tout des journaux régionaux d’Ile de France, pensés, réalisés et vendus uniquement sur la région parisienne. En témoignent notamment les pourcentages de vente en « province » et la très faible présence de sujets concernant – même indirectement – les bretons.

De l’autre coté du spectre, on trouve les journaux locaux ou départementaux, quotidiens, hebdomadaires voir mensuels ; payants ou gratuits. Certains peuvent être de bonne facture, mais ils ne vont par, définition traiter les sujets que sous le prisme local. La plupart de ces journaux (en particulier Presse-Océan) sont contrôlés par le groupe ouest-France.

Ouest-France justement, le journal hybride : vu comme le journal régional par excellence, il repose pourtant sur une « région Ouest » inidentifiable. L’information dite régionale n’a droit qu’à une malheureuse page, le contenu étant donc traité majoritairement au niveau local/départemental. Les informations au niveau français ou international sont globalement présentées de façon très lisse et consensuelle – exception faite de deux orientations en faveur du catholicisme et de la construction européenne.

Reste le Télégramme, a priori le plus intéressant. Diffusé sur les trois départements de l’Ouest breton, c’est le seul quotidien indépendant du groupe Ouest-France. Si traditionnellement, il ne présente guère de différence avec son concurrent dans le traitement de l’information à la dimension bretonne, on note toutefois une évolution récente plutôt positive, symbolisée par l’ouverture d’une rubrique « Nantes » sur son site Internet à coté de celles des quatre départements de Bretagne administrative. En dépit de ces efforts pour s’adapter à la réalité bretonne, il reste une certaine timidité, pour ne pas dire un manque d’ambition regrettable… En voie d’évolution ?

Dans les années 2000, un quotidien a couvert les 5 départements bretons : le journal gratuit Bretagne plus, diffusé par le groupe Bolloré. Diffusé dans les grandes villes de l’ensemble de la Bretagne, il a toutefois été rapidement arrêté.

En un mot, aucun quotidien écrit ne livre aujourd’hui une information de qualité à l’échelle de la Bretagne. Cela pose évidemment un problème : l’absence de média à l’échelle bretonne joue à la fois sur le traitement de l’information ainsi que sur l’image que l’on a de notre territoire (quatre ou cinq départements ? ). On ne dispose pas des médias qui puissent nous permettre de penser la Bretagne de demain.

Quelles évolutions possibles ?

Au niveau de la presse quotidienne écrite actuelle, c’est le Télégramme qui aurait a priori tout intérêt à se positionner à l’échelle des cinq départements bretons : possibilité d’atteindre une taille critique pour éviter de se faire avaler par le groupe Ouest-France, plus de liens à l’identité bretonne (alors que toutes les études prouvent le lien direct entre le niveau de vente de la PQR et le sentiment d’appartenance régional).  En parallèle, et malgré le fait qu’il constitue le seul quotidien ayant augmenté ses ventes ces dernières années, un tel développement serait une prise de risque dans un contexte de baisse générale des ventes de la PQR. Toute évolution de ce genre restant de toute façon encore aujourd’hui du domaine de la fiction…

Une possibilité alternative serait la création d’un quotidien d’information gratuit à l’échelle des cinq départements, parlant autant de culture (sorties en ville, etc) que d’actualité bretonne et internationale. Destiné aux urbains, il serait distribué sur l’ensemble des grandes villes de la péninsule. N’ayant pas à se créer un réseau d‘abonnés à partir de rien, c’est le seul type de journal susceptible d’être créé à partir de rien à l’heure actuelle.

L’autre solution passe par internet. Il s‘agirait de créer sur le web un média capable de traiter aussi bien l’actualité au niveau local que breton (voir international). Un média qui traite l‘ensemble de l’actualité d’un territoire donné, et pas seulement le côté militant ; un média qui puisse assure également une cohérence éditoriale et une qualité globale de l’information [1]. Une possibilité pour arriver à un tel résultat serait peut-être de partir de l’ultra local sur un territoire donné pour ensuite essaimer petit à petit. Deux types de problèmes cependant se poser très vite : les limites de l’activité militante – correspondant local constitue un véritable emploi – et surtout le modèle économique – non seulement on ne peut pas demander un travail bénévole indéfiniment, mais un média même diffusé sur le net engendre des frais, pour le maintien du site ou encore la collecte de l’information sur le terrain ; limites auxquelles est d’ailleurs confrontée l’ABP depuis longtemps.

En parallèle, rendre l’information payante n’apparaît guère possible, malgré le succès relatif d’un site comme Mediapart. Une tentative avait été faite en ce sens en 2010 : le site breton  d’information daktu.info, basé sur un paiement par abonnement. La greffe n’a pas prise, le site a du stopper au bout de quelques mois. Une solution pourrait peut-être venir de l’étude du modèle de Rennes-infhonet « premier site d’information locale 100% web alimenté par une rédaction professionnelle en France. » Et qui semble être parvenu à un fonctionnement quasi équilibré (40 000 euros de chiffre d’affaire sur la première année) avant d’être déstabilisé par une cascade de départ dans son équipe fondatrice.

Bref, il n’y a aucune solution évidente au déficit de média breton. Passé la première étape, à savoir l’identification du problème, la question reste ouverte.

KJ

[1] l’ABP en dépit de toute son importance présente ne pouvant remplir ce type  de fonction : média très militant, portail ouvert à tous les types de contribution ce qui a pour conséquence une qualité inégale des articles, un public cible restreint au monde militant.

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Rétroliens/Pings

  1. Pingback: La revue N.5 : médias. « Sterne - 19/09/2011

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