//
you're reading...
Environnement, Interviews

Sea Shepherd – Lorient : action pour la préservation des espèces marines

On connaît bien les associations environnementales bretonnes, moins les bretons qui interviennent  au sein d’ONG internationales. On est également bien placés pour connaître les problèmes de la surpèche, de la préservation des espèces marines, et les conflits à répétition entre pécheurs (et Etats) européens autour des quotas. Mais qu’en est-il de tous ceux qui braconnent en quantité industrielle au mépris des réglements internationaux ? Gros plan sur une ONG qui agit lorsque les états démissionnent voire collaborent à la destruction du milieu marin.

Interview de Lamya Essemlali (Présidente Sea Shepherd France)  et Arnaud Bouysset (Coordinateur Groupe Lorient).

Sterne: Pouvez-vous présenter l’association Sea Shepherd, ses objectifs et son histoire en quelques mots ?

L.E : Sea Shepherd est une organisation de conservation marine spécialisée dans l’intervention directe contre le braconnage. Ses objectifs consistent à faire appliquer les lois de protection de la biodiversité marine, particulièrement en haute mer, où elles sont le plus bafouées et alerter l’opinion sur l’ampleur du phénomène et les dégâts irréversibles sur la santé des océans et à terme, sur la survie de l’humanité. Le Capitaine Paul Watson, membre fondateur de Greenpeace, quitte cette dernière en 1977 pour fonder Sea Shepherd, une organisation qu’il veut plus interventionniste. Sea Shepherd pratique ce qu’il convient d’appeler un droit d’ingérence face à l’inertie et au manque de volonté économique et politique des Etats à faire respecter les lois qu’ils ont eux-mêmes voté, les sanctuaires qu’ils ont eux-mêmes établis, les espèces qu’ils ont déclaré vouloir protéger. Les actions de Sea Shepherd sont légitimées par la Charte Mondiale pour la Nature des Nations Unies et bien que certaines actions de l’organisation peuvent sembler spectaculaires (couler des baleiniers illégaux à quai, couper des filets et libérer des centaines de thons rouges braconnés…) aucun chef d’inculpation n’a jamais pu être retenu contre Sea Shepherd. C’est l’avantage lorsque l’on s’attaque à des hors la loi, ils ne sont pas en position de force dans une cour de justice. A noter également que personne n’a jamais été sérieusement blessé en presque 35 ans d’actions que ce soit au sein de Sea Shepherd ou du côté des braconniers.

Quelles sont les grandes campagnes de Sea Shepherd aujourd’hui ? En quoi consiste l’action de l’association au quotidien ?

L.E : La protection des baleines, notamment dans le sanctuaire antarctique reste une campagne emblématique de Sea Shepherd (une victoire historique en janvier 2011 a été obtenue puisque pour la première fois, le Japon qui tue illégalement des baleines dans le sanctuaire a fini par reculer devant les assauts de Sea Shepherd). Mais les actions de Sea Shepherd ne se limitent pas aux baleines, les massacres de dauphins à Taiji au Japon, aux iles Féroé, le braconnage de requins et concombres de mer aux iles Galápagos, le Thon Rouge en Méditerranée, etc… sont autant de campagnes tout aussi importantes. A l’heure actuelle Sea Shepherd s’apprête à retourner d’ici fin juillet aux iles Féroé pour empêcher le massacre de nombreux groupes de dauphins (globicéphales) qui croisent au large de cet archipel rattaché au Danemark. Ces massacres perpétrés au nom de la tradition sont en violation de la Convention de Berne. Or, bien qu’elles se prétendent autonomes, les iles Féroé bénéficient de généreuses subventions Européennes qui hissent le niveau de vie de ses habitants au seuil le plus élevé en Europe (SMIC Féringien = environ 3000 € mensuels). Il semble donc légitime que, pour continuer à jouir des avantages Européens, les Féringiens en respectent les lois et mettent un terme à ce qui est aujourd’hui le plus grand massacre de mammifères marins sur le continent Européen.

Comment jugez vous l’action des états et des organismes internationaux vis-à-vis de la pèche illégale, et plus généralement de la préservation de la biodiversité marine ?

L.E : Malheureusement, c’est l’attentisme et le laisser faire qui est de mise dans la plupart des cas. L’impunité qui règne en mer défie l’entendement, il n’ y a pas d’équivalent sur la terre ferme pour la raison simple que ce qui a lieu en mer reste largement méconnu, passe facilement inaperçu et reste très peu contrôlé au regard des énormes profits (plusieurs milliards d’euros par an) que génère la pêche illégale. La préservation de la biodiversité marine et la lutte contre le braconnage devrait être considérée comme une priorité et c’est hélas, loin d’être le cas. C’est d’ailleurs là, la raison d’être de Sea Shepherd : tenter de pallier, dans la limite de nos moyens, à ce manque de volonté de la part des Etats.

Sea Shepherd a visiblement un certain nombre d’objectifs communs avec d’autres ONG environnementales. Qu’est ce qui fait votre spécificité, au niveau des idées ou des actions militantes ?

L.E : L’objectif de préservation de la biodiversité marine est partagé par de nombreux groupes environnementaux. Ce qui fait la spécificité de Sea Shepherd, c’est son mode d’action. Nous ne sommes pas vraiment adeptes des pétitions et manifestations, nous laissons ça à d’autres qui le font sans doute mieux que nous. Notre spécialité, c’est l’intervention en mer et puisque nous sommes seuls à le faire, nous nous focalisons là-dessus. Ce qui ne nous empêche pas de communiquer autant de possible auprès du public et des media sur la problématique du braconnage et sur les enjeux globaux liés à la survie des océans (comme par exemple le simple fait que la survie de l’humanité en dépend directement).

Sea Shepherd compte des relais dans de nombreuses régions du monde. En Bretagne il existe un groupe local à Lorient. Depuis quand existe-t-il et quelles sont ses activités ?

A.B. et L.E : Le groupe local de Lorient existe depuis 2009. Son rôle principal est d’informer et sensibiliser le public aux actions de Sea Shepherd et aux problématique qui se trouvent derrière. Nous tentons d’être le plus présent possible sur des événements en rapport avec la mer (salon nautique, compétions de surf etc..) mais nous voulons également élargir à un public plus varié. Par exemple, notre présence au Hell Fest à Clisson (festival de musique) pour la deuxième année consécutive a reçu un très bon accueil de la part d’un public venu de toute l’Europe.

Comme l’ensemble des groupes locaux, nous restons également en alerte sur les cas de braconnage avéré au niveau régional que nous faisons remonter au bureau national afin qu’il saisisse notre avocat. Nous porter partie civile dans ce genre d’affaire permet d’apporter un coup de projecteur supplémentaire sur les habitudes de braconnage qui sont trop peu connues du grand public et souvent sous estimées.

A l’heure actuelle, le groupe de Lorient est le seul relais breton mais l’objectif à moyen terme serait d’en ouvrir au moins deux autres afin de couvrir plus harmonieusement la région.

Merci à vous !

Contacts :

The sea Shepherd conservation society : http://www.seashepherd.org/

Sea Shepherd – site francophone : http://www.seashepherd.fr/

Contact du groupe de Lorient : gl.lorient@seashepherd.fr

Publicités

Discussion

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: La revue N. 4 – « Glas  « Sterne - 12/07/2011

  2. Pingback: Lorsqu’on tue les dauphins en Bretagne « Sterne - 31/10/2011

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :