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Brèves, Universités

Revenu minimum étudiant : Plougastel-Daoulas, ou quand une municipalité fait le travail de la région.

Revenu minimum étudiant : Plougastel-Daoulas, ou quand une municipalité fait le travail de la région.

On apprend dans Le télégramme du 30 juin que la municipalité de Plougastel-Daoulas vient d’instituer un revenu minimum étudiant. C’est la première commune de Bretagne à prendre ce type de mesure.

 L’objectif de cette nouvelle prestation est de donner aux jeunes de la commune la possibilité d’entreprendre des études supérieures quelle que soit leur situation familiale. […] «Nous visons principalement les familles à revenus modestes qui se situent juste au-dessus du seuil ouvrant droit aux bourses… La classe moyenne, comme on dit, qui ne roule pas sur l’or mais qui, selon les barèmes établis, gagne trop pour être aidée» Explique le maire, Dominique Cap. […] L’aide moyenne apportée sera de 1.400 €.

Sur le principe, c’est une mesure qui est positive et vise à répondre à une vraie question, celle des paliers des bourses pour les étudiants. Il est de toute façon toujours important d’investir dans la formation. Et on imagine par ailleurs que dans une commune littorale, il s’agit une méthode préventive pour garder son dynamisme et attirer de nouveaux habitants

Néanmoins, une vraie question se pose : celle de l’échelle à laquelle la mesure est prise. On sait qu’il n’y a aucune cohérence dans la taille des communes en Bretagne et dans l’hexagone, sans même parler du revenu moyen par habitant. Si ce genre de mesure se généralise, cela va forcément susciter des inégalités entre les étudiants des communes qui, comme Plougastel, ont clairement les moyens financiers et les autres, et renforcer les inégalités territoriales [1].

On ne va pas reprocher à une commune comme Plougastel de s’engager et s’investir pour ses étudiants, bien au contraire. Le problème de fond, c’est qu’il faut une mesure globale [2]. C’est l’institution bretonne  qui devrait s’engager sur ce type de sujet, investir fortement dans la formation de ses jeunes et corriger les inégalités du système français. Elle aurait toute sa place pour se placer comme le niveau structurant sur le sujet.

Chez nos voisins, c’est par exemple l’Assemblée Nationale galloise qui depuis 2007 finance les droits d’inscriptions (prohibitifs au Royaume-Uni) des étudiants gallois dans toutes ses facs. La collectivité bretonne, elle, n’affiche pas de volonté politique pour s’emparer de ce type de sujet [3] pourtant fondamental pour notre avenir. Les élus régionaux argueront comme toujours de leur manque de budget mais préféreront pleurer sur leur impuissance ou envier « parfois » [4] le Pays de Galles qu’exiger les moyens financiers d’avancer et de permettre une équité de traitement à tous les étudiants. Et même sans parler des questions de compétences ou de moyens, c’est aujourd’hui que des choix politiques sont faits. Aujourd’hui, le Conseil régional de Bretagne préfère financer la Ligne à Grande Vitesse (LGV) Paris-Rennes plutôt que permettre d’étudier dans de bonnes conditions en Bretagne en soutenant directement ses étudiants et en soutenant le développement des universités bretonnes désormais autonomes.

Ce que réalise la commune de Plougastel, du point de vue du développement de la Bretagne, c’est un cautère sur une jambe de bois. On peut se féliciter de son dynamisme, mais en dernière analyse, c’est plutôt triste que ce soit une municipalité qui se retrouve par défaut à devoir prendre ce genre de mesure. Les étudiants et parents de Plougastel peuvent être satisfaits. Pour tous les autres, cela n’est guère plus que le symbole d’un échec breton.

                                                                                                                                 .

Notes :

[1] Pascal Olivard, président de l’UBO, mentionne lui-même dans l’article du Télégramme le risque de surenchère entre communes.

[2] C’est d’ailleurs ce que dit implicitement le maire de Plougastel lui-même, en souhaitant que  «que l’association des maires du Finistère, qui regroupe 283 communes, se saisisse du sujet pour créer une synergie de territoire et, surtout, la coordonner».

[3] on reconnaîtra cependant qu’elle finance par exemple certaines formations professionnelles, ou encore les bourses Skoazell pour les futurs enseignants en breton, ce qui constitue un énorme coup de pouce pour les intéressés.  Mais à l’échelle de la Bretagne, cela reste insignifiant

[4] « Je suis parfois jaloux du Pays de Galles ». JY Le Drian, président du Conseil régional (PS), lors de la visite du premier ministre gallois Carwyn Jones en juin 2011.

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  1. Pingback: La revue N. 3 – Communautaire « Sterne - 04/07/2011

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