//
you're reading...
Gros plan, politique, réunification, Thèmes

La réunification en perspective internationale

Le problème de la réunification de la Bretagne a déjà été traité de multiples façons, par des personnes aussi diverses et prestigieuses les unes que les autres. Pourtant, il ne semble pas que des comparaisons internationales aient été poussées très loin. D’où cet article.

Quand le rédac chef a proposé de faire un article sur la réunification, j’ai été immédiatement motivé, mais problème: sous quel angle la traiter? Et surtout: quel angle qui n’ait pas déjà été mille fois exploité: économique, politique, historique, social…? C’est là que m’est venue l’idée de parler de la réunification à travers les exemples de territoires divisés à travers le monde. Peut-être ai-je été inspiré par mon année en Europe centrale, qui sait? En tout cas il y a de quoi dire sur le sujet, même si bien entendu les comparaisons ne sont pas toujours raison. Puisque l’Europe comporte déjà un nombre important d’exemples, je vous propose d’examiner uniquement notre Vieux Continent. Le plus simple est de commencer par une tentative de typologie des différents cas, au vu des circonstances politico-juridiques:

-en premier lieu un territoire peut être divisé en deux Etats souverains. C’était le cas de l’Allemagne jusqu’en 1989. Mais d’autres cas ont pu exister: par exemple, une partie des populations autrichienne et allemande a pu considérer que l’Autriche faisait légitimement partie de l’Allemagne, après 1918. Cette tendance politique existe toujours, mais elle est désormais largement discréditée. En outre, on peut penser que l’existence d’un Etat distinct participe à la construction d’une identité nationale de plus en plus spécifique: c’est le cas des pays scandinaves, pourtant si proches culturellement.

-ensuite, un territoire peut être divisé entre un Etat souverain d’un côté, et une partie d’un deuxième Etat souverain de l’autre: le cas le plus célèbre est l’Irlande. Bien des Bretons tendraient d’ailleurs à comparer naturellement la situation irlandaise à la situation bretonne. On peut également relever le cas de Chypre, dont l’Ouest est un Etat indépendant et l’Est est occupé par la Turquie.

-un territoire peut encore être divisé en plusieurs parties de plusieurs Etats souverains: tel est le cas du Pays Basque, de la Catalogne, mais aussi de la Flandre. La Bretagne ne peut pas, pour sa part, s’appuyer sur un territoire extérieur à l’Etat français, malgré ses liens historiques avec la Cornouailles ou le Pays de Galles.

-l’Europe centrale et orientale présente plusieurs cas assez spécifiques, car plusieurs peuples peuvent revendiquer un même territoire: ainsi des Hongrois, des Roumains et des Serbes, ou encore des Polonais, Biélorusses et Ukrainiens… Ceci est dû à de nombreux échanges de territoires au fil de l’histoire, qui ont créé beaucoup de situations minoritaires plus ou moins bien gérées (en Voïvodine, au Nord de la Serbie, il y a pour cette raison plusieurs langues officielles).

-enfin, un territoire peut être divisé en plusieurs parties d’un même Etat souverain. La Bretagne est dans ce cas, mais on peut également citer la partie espagnole du Pays Basque (Euskadi et Navarre) et la partie espagnole des pays catalans (Catalogne, Valence et Baléares). Il semble que ce cas soit somme toute peu fréquent au vu des autres.

Bien entendu, d’autres typologies sont envisageables, mais celle-ci a l’avantage de la simplicité d’utilisation. Elle indique qu’il n’est pas forcément évident de comparer la Bretagne à l’Irlande, du fait de circonstances juridiques tout à fait différentes. Il est préférable de rechercher un cas du même type pour effectuer la comparaison. Il existe un ancien cas de partition, dont l’origine historique est tout à fait différente de celle de la partition bretonne, mais qui comporte plusieurs similarités intéressantes avec le cas breton: la division entre Pays de Galles et Monmouthshire.

UN EXEMPLE GALLOIS

Le Monmouthshire, ou comté de Monmouth, encore appelé Gwent en gallois, par analogie avec un ancien royaume, est un territoire situé au Sud-Est du Pays de Galles. Il a fait partie des marches, c’est-à-dire de la frontière entre le Pays de Galles et l’Angleterre. En 1535, le Pays de Galles fut intégré à l’Angleterre, et une frontière plus précise fut tracée. Or, le Monmouthshire n’était pas compris dans les douze comtés composant le Pays de Galles. Pour autant, il n’a pas été explicitement rattaché à l’Angleterre. Ce qui n’empêche qu’il ait été soumis au tribunal de Westminster plutôt qu’au tribunal de Galles. A la fin du XVIIe siècle, le comté a commencé à relever des assises d’Oxford, ce qui a pu faire dire à certains auteurs que ce territoire a été de plus en plus considéré comme un comté anglais et non gallois, bien que beaucoup de ses habitants aient parlé gallois, et que les noms de lieux soient gallois. Au XXe siècle, plusieurs lois ont traité le Monmouthshire comme un comté totalement anglais. En même temps, si une loi devait se limiter au Pays de Galles, alors il était fait mention de « Galles et Monmouthshire ».

Le débat s’est accru peu à peu, opposant les Anglais, de plus en plus nombreux en Monmouthshire, qui tendaient à vouloir affirmer l’identité anglaise du comté, et les nationalistes gallois, qui le voyaient comme un territoire naturellement gallois. Dans les années 1950 puis 1960, deux campagnes contradictoires ont fait rage. En 1969, le secrétaire d’Etat pour le Pays de Galles, George Thomas, proposa d’inclure le Monmouthshire dans le Pays de Galles. Réaction furieuse de lord Raglan, fils d’un ancien intendant du comté, qui demanda pourquoi une telle proposition était faite sans envisager de consulter par référendum les habitants du comté. La baronne Philips, représentant le gouvernement d’alors, répondit qu’il ne s’agissait que de corriger une anomalie, et que M. Thomas croyait que la proposition était fortement soutenue dans le comté. Ce fut ensuite au tour du nationaliste Gwynfor Evans de demander quand le terme « Galles et Monmouthshire » serait abandonné. Ce qui fut fait avec la réforme du statut du Pays de Galles en 1972, affirmant de façon claire le comté comme gallois.

En 2007, le Parti des Démocrates Anglais présenta plusieurs candidats dans la région avec comme objectif d’obtenir un référendum sur l’appartenance du Monmouthshire à l’Angleterre ou au Pays de Galles. Avec un maximum de 2,7% des voix, il est probable que la question soit désormais enterrée pour un moment!

QUELS ENSEIGNEMENTS?

Voilà bien un exemple parlant pour la Bretagne, n’est-ce pas? Le Monmouthshire a été tenu à l’égard du Pays de Galles pendant bien plus longtemps que le Pays nantais de la Bretagne, et encore faut-il signaler que la Loire-Atlantique est bretonne au regard de la justice, de l’Office de la langue bretonne, de l’Institut culturel de Bretagne… L’exemple gallois montre aussi qu’il ne faut pas croire que cette question est anodine, car elle met en présence deux camps aux intérêts opposés. La question est donc éminemment politique, contrairement à ce que voudrait faire croire l’Etat français. La campagne d’anglicisation du Monmouthshire rappelle la campagne de « ligérisation » de Nantes, où on nous fait avaler que le muscadet est un vin du Val de Loire, tout comme le château des ducs de Bretagne est un château de la Loire… Heureusement que l’Unesco est là pour préserver un minimum de cohérence: à ce rythme, la cuisine allemande, avec la choucroute, fait partie de la gastronomie française!

Gardons confiance, connaissons notre intérêt de Bretons, et sachons élever la voix: voici la modeste leçon à tirer du Monmouthshire. Malgré le temps qui passe, rien n’est jamais perdu d’avance!

SG

Publicités

Discussion

3 réflexions sur “La réunification en perspective internationale

  1. le Monmouthshire est tout de même petit par rapport à l’ensemble Gallois, peut être pourrait on aussi comparer la navarre espagnole par rapport à Euskadi.
    Mais aucun de ces exemples n’est comparable à 100 % avec la Bretagne.

    Publié par Tugdual | 28/09/2011, 09:29
  2. Effectivement, aucun exemple n’est vraiment identique au cas breton. Le Monmouthshire semblait intéressant, car il s’agissait d’une situation très ancienne, et qui aurait pu paraître anecdotique. L’Histoire nous a montré que ce n’était pas le cas.
    Pour la Navarre, la comparaison est possible, mais il y a plusieurs spécificités marquées: d’une part l’existence d’un passé glorieux en tant que royaume indépendant, qui contribue à une identité navarraise; d’autre part, pour le Pays Basque, une situation interétatique.
    Je viens de penser à un autre exemple qu’il serait intéressant d’étudier: celui du Territoire de Belfort, autrefois alsacien, mais qui n’a rien conservé de son ancienne appartenance. Les exemples ne manquent pas!

    Amicalement

    L’auteur

    Publié par SG | 28/09/2011, 18:55

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: La revue N. 1 – Réunification « Sterne - 21/06/2011

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :