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politique, réunification, Tribune libre

Réunification : 5 minutes pour convaincre.

Toutes les personnes en faveur de la réunification se sont un jours trouvées embarquées dans une discussion sans fin pour prouver son intérêt face à des gens qui ou n’osent pas assumer – de peur sans doute de passer pour d’affreux autonomistes – ou se font un malin plaisir d’orienter le débat sur les questions complètement déconnectées type «  mais quelle capitale entre Nantes et Rennes ? ».

En fouillant sur le net, j’ai trouvé plein de grandes théories sur l’intérêt de la réunification (plus ou moins bonnes d’ailleurs) mais aucun article qui tache d’expliquer en 5 minutes le pourquoi du comment à quelqu’un qui n’y connaît rien et qui dans bien des cas s’en fout. Et pourquoi le lui reprocher ? On est pas obligé de s’intéresser à ce genre de sujet. Le but ici n’est pas de réinventer l’eau chaude mais présenter de façon concise les arguments de bon sens, en partant du point de vue purement utilitariste.

Histoire, culture, identité….

Le point de départ : la Loire-Atlantique est historiquement est culturellement bretonne. En vrac, presque 1000 ans d’appartenance au duché puis province de Bretagne, le château des ducs, la toponymie (allez dire que Pornic ou Guéméné-Penfao, ce n’est pas en Bretagne…), la culture gallèse de Haute-Bretagne, la langue bretonne parlée à Batz jusqu’au XXe siècle, Tri Yann, etc etc. Le sentiment d’appartenance à la Bretagne re-démontré par les sondages également. Quinze mille arguments prouvent cette appartenance culturelle mais cela ne sert a rien d’y revenir : ce n’est pas cela qui convaincra qui que ce soit de l’intérêt de la réunification.  Et pour cause : La seule question qui vaille, c’est : faut-il faire correspondre les limites administratives et politiques à l’Histoire, la culture, et le sentiment d’identité ? Après tout rien n’y oblige, et en elle-même l’Histoire ne justifie rien.

Au plan personnel, la réunification peut être importante parce que c’est naturellement avec Nantes et la Loire-Atlantique que l’on visualise la Bretagne, du fait de son éducation, de la façon dont on vit le territoire, etc. Cela relève de l’identité de chacun, de la construction personnelle, de la démarche pour s’intéresser au territoire et au patrimoine. D’autres personnes vont vivre leur territoire de façon complètement différente. Vous pouvez très bien ne pas être d’origine bretonne et ne pas avoir eu l’occasion ou l’envie de vous approprier cet aspect de votre nouveau lieu de résidence. Vous pouvez être breton pur kouign amann/curé nantais et vous en moquer totalement, et c’est votre droit le plus strict. L’important n’est pas le cœur, mais le concret: aménagement, image de marque, commerce, emplois, tourisme. En un mot, votre portefeuille, et en prime un meilleur fonctionnement démocratique.

… VS aménagement, image, fonctionnement démocratique.

Trois points sont fondamentaux :

– L’aménagement du territoire. D’un coté, une région Pays de la Loire qui ne rime à rien : Le Mans à mi chemin de Paris, toujours tournée vers l’Ile de France et qui se fiche totalement de Nantes ; Angers et Laval, toujours à la remorque de l’Est ou l’Ouest et qui peut-être aimeraient avoir un minimum de prise sur leur développement ; les vendéens qui si ils le pouvaient auraient depuis longtemps créé une région propre, et se fichent complètement de savoir si ils dépendent de Jacques A. ou de Ségolène R.. Et Nantes et Saint-Nazaire qui se retrouvent unique zone portuaire dans une région fondamentalement terrestre, sur laquelle l’agglomération ne rayonne pas.  Bref, les Pays de la Loire, en un mot comme en cent, c’est une erreur de la nature. De l’autre coté, un territoire breton cohérent à 5 départements : une force maritime, un lien Rennes – Nantes pour deux villes complémentaires qui ont d’ailleurs entamé un rapprochement révélateur, une taille critique notamment en matière de recherche et universitaire, et une ouverture à l’international.

– L’image. Alors que les Pays de la Loire sont totalement inconnu (La capitale des PdL ? Triffouillis les oies ?). En revanche, l’image de la Bretagne est 1) identifiable, y compris hors de l’hexagone (on pense à toute l’Europe de l’Ouest, mais cela va bien au-delà, comme en témoignent le succès des produits bretons au japon) ; 2) positive : richesse culturelle, qualité de vie, environnement, mais aussi, entre autres, une réputation de sérieux et du travail bien fait ; et donc 3) est vendeuse, et favorise tourisme, exportations en tout genre, implantations d’entreprises en Bretagne, attrait pour les cadres, etc.

– La démocratie : le fait est qu’une forte proportion des habitant de Loire-Atlantique se sentent bretons (cf les sondages répétés, pétitions, les résolutions des conseils régionaux et généraux concernés pour la réunification, les entreprises membres de produits en Bretagne, les réseaux militants….), alors qu’ils ne connaissent souvent même pas les départements de la région Pays de la Loire. Conséquence 1) il serait souhaitable que les circonscriptions politiques aient un minimum de sens pour les administrés. On s’étonne du désintérêt pour la politique, mais pour commencer pourquoi aller voter si vous ne vous reconnaissez pas dans le territoire ? Il faut faire correspondre le territoire politique au territoire vécu. Conséquence 2) : au vu de ces sondages cela vaudrait le coup de saisir les habitants pour savoir ce qu’ils veulent vraiment ; soit directement via un referendum, soit indirectement via les élus (conseillers généraux de Loire-Atlantique et conseillers régionaux de Bretagne administrative ainsi que les députés des cinq départements).

Maintenir une anomalie, ou passer en mode projet.

Demander la réunification, c’est encore trop souvent vu comme un passe-temps de rebelles boutonneux, ou à l’inverse de petits vieux perdus dans leurs bouquins d’histoire, pour ne pas dire de terroristes. En plus de cela, afficher clairement une volonté de réunification, au plan symbolique c’est aller contre l’Etat qui a le monopole de la légitimité [cf les différents travaux de R. Le Coadic, notamment L’identité bretonne], et cela ne se fait pas forcément facilement. Il faut dédramatiser. Etre favorable à la réunification, ce n’est rien de tout cela. En fait, c’est juste une anomalie à repenser. Une décision prise par Pétain, appliquée en 1974, dont on se demande bien pourquoi elle n’a pas encore été réglée (c’est évidemment bien plus compliqué que cela, des premiers projets des années 20 à la création définitive des régions après 1970, mais c’est pas le problème). Il s‘agit juste d’améliorer l’organisation du territoire – en remarquant au passage que la justice fonctionne déjà sur les 5 départements bretons.

La réunification, c’est aussi un projet : construire une Bretagne cohérente pour demain, en lien avec l’Europe, un pôle de développement capable de monter ses propres politiques pour protéger l’environnement, développer les entreprises, favoriser les solidarités… Celaa fait plutôt envie, non ?

 Cet article est conçu comme un point de départ avant tout. Tous commentaires bienvenus sur vos expériences personnelles en mode débat de comptoir. En attendant une réflexion plus aboutie, le débat est ouvert.

K.J.

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  1. Pingback: La revue N. 1 – Réunification « Sterne - 21/06/2011

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