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Carton rouge, Environnement

L’état Français ne veut plus voir de tracteurs sur nos grèves !

… Ou comment interdire le ramassage du goëmon en une leçon.

Habitant le bord de mer, je reconnais l’heure des grandes marées aux passages des tracteurs une heure et demie avant l’étal de basse mer. Je suis également habitué à voir des particuliers charger du goémon échoué, débarrassant  les plages de ces encombrants arrivages,  pour les utiliser à fertiliser les sols de cultures maraichères.

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Mais, je devrais, semble-t-il, évoquer ceci au passé… En effet, tout à coup, les mairies du littoral viennent d’être prévenues pas la sous préfecture de Brest, que l’accès aux plages était interdit aux véhicules à moteur, sauf dérogation, accordée par le préfet. Ordre a été donné aux mairies, de prévenir la population, par le biais de leur bulletin municipal. A Kerlouan, un particulier ayant descendu son bateau avec son tracteur avant d’aller relever ses casiers, s’est déjà vu, vertement, reprocher de ne pas l’avoir remonté sur un parking avant de monter à bord de son bateau… De plus, les plaisanciers ayant installé leur propre mouillage, à leurs frais, devront, désormais, acquitter une redevance auprès de la DDTM (ancienne DDE). En échange de quoi ? Surtout là où il n’y a ni association, ni gestion de corps-morts. A quand un péage à la sortie de nos ports ?

On n’atteint pas encore des sommets, mais on s’y dirige. Pour mettre son bateau au mouillage, il faudra désormais, demander une dérogation de passage sur la grève. Car les tracteurs n’y ont plus droit ni de passage, ni de cité. Il n’y a qu’à utiliser la cale me direz vous ? Mais, par exemple, entre Plouescat et Guisseny, il n’y en a pas… La préfecture se réfugie derrière un article du code de l’environnement, à savoir l’Article L321-9, que je vous joins afin de vous laisser juger de ce que l’on entend par « usage libre et gratuit par le public». (ND : article ci-dessous )

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Merci Kafka !

Je vous parlais de sommets, nous y voici : nous connaissons tous le paysage qu’offre notre littoral après une tempête et, pour peu que les coefficients de marée et les vents y soient favorables, sommes habitués à voir de véritables et très épais tapis de goémons arriver à la côte et y rester pourrir. Heureusement, la nature a voulu que la putréfaction de ces algues puisse aussi nourrir la terre en l’abondant alors d’engrais naturels. C’est ainsi, que, depuis des générations, ce goémon nommé : Goémon d’épave, est récolté par tout un chacun pour être épandu sur les terres à amender.

Oui mais voilà, pour aller chercher ce goémon, il faut … un engin à moteur, un tracteur en fait, on a encore jamais vu, pas même un touriste, utiliser sa voiture pour ce faire. Donc, ce ramassage devient hors la loi. Et oui, c’est tout l’intérêt d’un esprit Français cartésien : Il est facile à décoder. Il est donc, dorénavant interdit de ramasser du goémon d’épave. Bon, pour ne pas gêner les agriculteurs, eux auront encore le droit de le faire et les agriculteurs retraités aussi, là c’est moins évident, mais bon, pourquoi pas ? Oui, mais il faut, bien sûr, y mettre des conditions draconiennes, afin de s’assurer que tout un chacun ne puisse profiter des mansuétudes de l’Etat et ne transforme cette bienveillance en laxisme. Ainsi donc, ceux qui souhaitent profiter d’une dérogation à cette interdiction de récolte de goémon d’épaves, devront remplir un dossier de plusieurs feuillets (bien sûr) et les ramener à la préfecture du Finistère.

Clairement dubitatives devant cette initiative, les municipalités de la côte, ont décidé de centraliser les demandes de leurs administrés, afin de les aider au mieux. Elles sont néanmoins conscientes des tracasseries inutiles qui leur sont infligées, inutiles et même préjudiciables. Personne n’avait jamais trouvé à redire de ces tracteurs s’activant à de rares occasions sur nos plages, personne ne s’est plaint non plus, de ces engins à moteurs qui déposaient les chars à voile sur les plages de Plouneour-Trez. D’un autre côté, personne n’a pour habitude de faire prendre l’air marin à des tracteurs couteux, juste pour une bonne oxydation des métaux !

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Bêtise ou malveillance ? Le doute m’étreint…

Mais, revenons à ces feuillets constituants le fameux (fumeux ?) dossier de demande de dérogation à la loi. Il faut y mentionner les coordonnées (gps ?) de la parcelle concernée, ben oui, des fois qu’un agriculteur veuille amender le terrain de son voisin … Mais, plutôt que d’en parler, je pourrais avoir l’air de prendre parti, je vous laisse admirer l’œuvre administrative dans toute sa splendeur, comme seule celle d’un état administratif et centralisateur à l’excès, (jusqu’au comique !) peut sortir de son étagère, ou de son disque dur, à présent :

« L’agriculteur doit fournir à la délégation à la mer et au littoral une demande accompagnée des documents suivants : Identification du demandeur (joindre relevé d’exploitation MSA), motivation de la demande (nature de l’activité, amplitude journalière, durée, période, fréquence, quantité ramassées et destination,..), commune(s) concernée(s) par la demande (joindre un plan de situation : commune, accès et lieu de ramassage avec nom, parcelles de destination du goémon), type de véhicules devant se rendre sur le DPM et numéro d’immatriculation (joindre copie de la carte grise). Dossier à transmettre à Pôle Affaires Maritimes de Brest – 30 Bis Quai Commandant Malbert – CS 41925 – 29219 Brest Cedex 2. «

     Et, beaucoup plus étonnant encore, cette demande doit être effectuée plusieurs jours auparavant. Or, comme chacun sait, (tout au moins, tous les habitants du bord de mer), une marée favorable aux arrivées d’algues, ne se décrète pas, au grand dam sûrement de nos puissants gouverneurs de province que sont les préfets. Qui osera  dire à ce très puissant fonctionnaire, que les océans ne sont pas régis par les lois Parisiennes, mais, par celles, bien plus puissantes, des vents et des marées qui ne reconnaissent pas, comble de l’insolence, l’autorité administrative de la tatillonne bureaucratie Française, pas plus, d’ailleurs qu’une quelconque frontière.

     Alors, que se passera t il ? Les particuliers devront-ils remonter le goémon à la fourche, à la brouette ? Acheter des chevaux ? Ou, nous faudra t il renoncer à cette source d’engrais naturel, pour nous retourner vers les jardineries et acheter des pleins sacs d’engrais polluants, déjà accusés de détruire nos sols et de produire ces dangereuses algues vertes ? Et, qui plus est, payer des employés communaux pour nous débarrasser d’algues pourries, pleines de moucherons, faisant fuir les touristes ?

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Re zo re !

A l’heure où 90 % des Français (sondage viavoice du 8/06/2011, réalisé auprès de 1003 personnes), estiment que les conseils régionaux devraient disposer de compétences nouvelles, je voudrais ici, attirer l’attention des Bretonnes et des Bretons, sur l’encadrement de plus en plus étroit qui est fait de leurs usages et de leurs libertés. Jusqu’à quand allons ainsi nous laisser mener par le col ? Et jusqu’où nous abaisserons nous à obéir, avant de nous lever et de crier « ça suffit » !

Dans une très belle pièce de théâtre (Ar Baganiz), la troupe Strollad Ar Vro Bagan, nous décrivait la lutte des Bretons contre le roi Louis XIV, qui tentait d’imposer chez nous la loi du Roi, au détriment de la loi de la mer. Quelques siècles plus tard, l’esprit Breton a-t-il tant changé,  que nous acceptions n’importe quoi ? Soyez avec nous pour dire : « ça suffit, trop c’est trop » « a-walc’h eo, re zo re ».

Paotr Pagan

 

Article L321-9 du code de l’environnement.

Modifié par Ordonnance n°2006-460 du 21 avril 2006 – art. 3 () JORF 22 avril 2006 en vigueur le 1er juillet 2006.

L’usage libre et gratuit par le public constitue la destination fondamentale des plages au même titre que leur affectation aux activités de pêche et de cultures marines. Sauf autorisation donnée par le préfet, après avis du maire, la circulation et le stationnement des véhicules terrestres à moteur autres que les véhicules de secours, de police et d’exploitation sont interdits, en dehors des chemins aménagés, sur le rivage de la mer et sur les dunes et plages appartenant au domaine public ou privé des personnes publiques lorsque ces lieux sont ouverts au public. Les concessions de plage sont accordées dans les conditions fixées à l’article L. 2124-4 du code général de la propriété des personnes publiques . Elles préservent la libre circulation sur la plage et le libre usage par le public d’un espace d’une largeur significative tout le long de la mer.

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Discussion

4 réflexions sur “L’état Français ne veut plus voir de tracteurs sur nos grèves !

  1. C’est triste de voir l’avenir pour nos jeunes marins !!!
    Pour ma part je voulais m’offrir un SEALEGS (voir cette vidéo ) :

    C’est une véritable innovation pour la plaisance : plus besoin de mouillage forain ,direct à la maison ! .
    Inconvénient : il est motorisé mer et terre ;donc comment faire ?

    Accès aux plages avec véhicules motorisés interdit ( ! ) : pour marins depuis de longues années ;
    paysans goémonier ; marins retraités , devenus plaisanciers et tout autres professions ayant le droit à l’accès de la mer .

    Afin d’éviter les amendes intempestives :

    il est au préfet de décider la construction de plusieurs cales de mise à l’eau , accostables pour petits navires tout le long de notre littoral,Finistérienne en respectant une distance maximum de 5 km entre celle-ci et sur l’estran : le coefficient de marée de 120 (zéro des cartes)!!!!???

    Vols de devises , arnaques …….? si la mer et son rivage n’est plus à tout le monde , il reviendrait moins cher de remettre des barbelés le long de nos côtes Finistérienne
    Si les ricains n’avaient roulé sur nos plages ; les lois littoral et Natura 2000 serait écrite en …… A.

    Pourquoi nous refaire la guerre?

    Dans les côtes d’Armor : aucun problème

    Pourquoi chez nous ? ? ?

    Publié par sinai | 18/08/2011, 17:39
  2. les véhicules des communes ou des communautés de commune ont-elles le droit de descendre dans les gréves ou les plages pour les nettoyer ou tamiser le sable.
    ou étaient nos députés en 2006 quand la loi a était modifier ?

    Publié par joel | 19/10/2011, 20:36
  3. la connerie n’a pas besoin d’être motorisée pour se répendre

    Publié par GUIDAT | 29/04/2016, 18:10

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: La revue – Numéro 0 « Sterne - 13/06/2011

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