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Carton rouge, Gros plan, politique

Souverainistes ! De Montebourg à Le Pen, pour la sauvegarde du modèle français.

Dialogue, soutiens, transfuges… On observe depuis quelques semaines beaucoup de mouvement entre les différents courants ultra souverainistes hexagonaux. Ceux-ci dessinent l’image d’un bloc uni, au-delà du clivage droite-gauche, pour le maintien du modèle républicain français.

Deux éléments sont particulièrement révélateurs. Tout d’abord, les ralliements se multiplient autour de la candidature de Marine Le Pen aux présidentielles. C’est tout d’abord Bertrand Dutheil de la Rochère, ex-secrétaire national à la communication du MDC de Jean-Pierre Chevènement. Dans une lettre ouverte aux camarades, il s’en explique clairement : si les idées souverainistes sont les mêmes entre Chevènement, Dupont-Aignan et Le Pen, seule cette dernière possède le poids politique pour faire bouger les lignes aux prochaines présidentielles. C’est ensuite Paul–Marie Couteaux : ancien diplomate, membre fondateur d’ATTAC, il fut surtout un fidèle de Charles Pasqua puis de Philippe de Villiers sur les listes desquels il fut élu député européen en 1999 et en 2004. En 2002, il soutint activement la campagne de Jean-Pierre Chevènement aux élections présidentielles. Le petit dernier est Florian Philippot : haut fonctionnaire travaillant à l’inspection générale de l’administration, il fut en 2002 président du comité « grandes écoles » de soutien à la candidature Chevènement. On pourrait ajouter d’autres exemples, notamment celui de David Mascré, présenté comme l’éminence grise de Marine Le Pen, fonctionnaire au Quai d’Orsay, ex-proche de De Villiers et membre de cercles de réflexion liés à l’UMP.

Les réactions au bon score réalisé par l’apôtre de la « démondialisation » Arnaud Montebourg aux primaires du PS, sont également très révélatrices. Le dissident de l’UMP Nicolas Dupont-Aignan lui a adressé une lettre ouverte mettant clairement en évidence leur proximité idéologique et désignant leur ennemi commun : « l’apatride ». Marine Le Pen elle-même a salué la lucidité supposée de Montebourg, regrettant simplement qu’il n’aille pas jusqu’au bout de sa logique. Montebourg est enfin soutenu mezzo voce par Chevènement [1], avec qui il partage un goût prononcé pour « l’autre Europe » autrement dit celle qui n’existerait pas. Montebourg qui revendique un protectionnisme européen sait en effet parfaitement que ce genre de mesure n’a aucune chance d’être acceptée par les pays, notamment l’Allemagne, dont l’économie repose sur l’exportation, et que la seule issue serait dans les fait un protectionnisme au niveau français.

Jean-Luc Mélenchon a lui aussi répondu à la lettre ouverte de Montebourg suite au premier tour des primaires. Dans sa réponse, il met en avant leurs convergences sur la remise en cause du traité de Lisbonne et de la construction européenne (Montebourg avait bien sur voté non au TCE).

On peut d’ailleurs remarquer au passage que les sorties successives d’Eva Joly sur l’inutilité du défilé du 14 juillet puis sur l’autonomie des régions cet été avaient suscité l’ire plus ou moins affichée des mêmes personnalités. Et pour cause.

De gauche ou de droite, avant tout souverainistes.

Front de gauche, aile souverainiste du PS, MDC de Chevènement, Debout la république, Mouvement pour la France (villiéristes), FN. L’arc souverainiste français est bien présent. Ne manquent que l’OCI -ex parti des travailleurs- à l’extrême gauche (en état de mort clinique) et les souverainistes de l’UMP, anciens pasquaïens ou adeptes de l’entente avec le FN (Christian Vanneste notamment) particulièrement présents au sein de la très médiatique « droite populaire » [2] mais qui n’ont guère intérêt à l’ouvrir en ce moment. Tous ces courants politiques se distinguent par des positions économiques et sociales propres mais se retrouvent sur un corpus idéologique commun : anti-européeanisme, démondialisation, exaltation du fait national français, centralisme, refus du multiculturalisme, souverainisme « social » -autrement dit populisme -, ordre et sécurité. Et tous se positionnent plus prêt des extrêmes, à gauche ou à droite, que du centre.

Le seul pour lequel cela puisse être nuancé, c’est Montebourg lui-même, dont par exemple la position libérale en matière d’immigration ne peut en aucun cas être comparée aux apéros saucisson pinard de l’UMP tendance souverainiste ou au 0 immigré du FN. Et de fait, Montebourg est le seul dont les prises de positions sur le sujet relèvent plus de l’opportunisme électoral que de l’idéologie pure (ce qui au passage ne veut absolument pas dire que le PS en tant que parti soit plus progressiste que les autres : un numéro récent (103) de Minorités met bien en avant toutes les contradictions de ce parti, toutes tendances confondues).

On voit donc qu’il existe un jeu de prises de position et une valse des militants entre les différents courants ultra souverainistes de la vie politique française. Et c’est logique, tout simplement parce que les électorats entre ces différentes formations sont eux-mêmes très poreux. Ils se retrouvent sur les mêmes positions en màtière de projet de société. C’est d’ailleurs ce qu’indiquait clairement l’étude de Terra Nova déjà commentée sur Sterne. Et ils réalisent un véritable travail de résistance pour la préservation du modèle républicain français. Dans cet ensemble, c’est clairement Marine Le Pen qui tire le maximum de profits –que les autres le veuillent ou non- du travail collectif. Portée par une forte dynamique et s’appuyant sur une communication « nationale–républicaine » (l’emploi du terme de « programme de salut public » est particulièrement révélateur), elle apparaît désormais comme la première défenseuse du modèle français.

Progressistes… Mais avant tout de gauche ou de droite.

En face ? On voit des partis sans cohérence idéologique. Europe Ecologie – Les Verts est encore très influencé, tout particulièrement en Bretagne, par un courant de gauche conservatrice, proche du front de gauche, pro-démondialisation, anti-libéral et attaché a un rôle fort de l’Etat, alors que son électorat est clairement jeune, urbain, plus proche du centre et libéral en matière de mœurs ; en un mot progressiste. Le Modem est encore très influencé par la vision traditionnelle de l’Etat portée par les anciens UDF malgré des signes encourageants. Le NPA est retombé dans la marginalité. Les libéraux de droite et le Parti pirate n’en sont – pour l’instant – jamais sortis.

De leur côté, les partis bretons n’ont pas vu la nécessité d’adopter un corpus idéologique cohérent en opposition avec les valeurs conservatrices des ultra souverainistes français. Ils restent souvent conservateurs sur les questions culturelles (droit à la libre expression, égalité de principe des langues, etc), ne se mettent que trop peu en avant sur les questions de société, l’Europe, la sécurité, le multiculturalisme (droits des nouvelles minorités)

En parallèle au clivage droite-gauche, la vie politique européenne se définit aussi par l’existence de deux blocs conservateurs et progressistes. Aux partis bretons, indépendamment de leurs positionnements socio-économiques, de se mettre en avant comme l’alternative naturelle aux conservateurs, au lieu de laisser ce rôle à une gauche et des démocrates français empêtrés dans leurs propres contradictions. Ca implique, entre autres, de se mettre au clair au point de vue idéologique et de mettre tous ces points en avant dans leur communication.

KJ

[1] un seul exemple, mais parlant : Je vois qu’il y a quand même un candidat qui se rapproche des thèses que j’ai défendues, (…) qui est un critique de la mondialisation libérale : c’est Arnaud Montebourg. Je le constate, c’est un fait. Source.

[2] Les mêmes qui ont piqué l’idée des apéros saucisson pinard au bloc identitaire.

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Discussion

4 réflexions sur “Souverainistes ! De Montebourg à Le Pen, pour la sauvegarde du modèle français.

  1. Tout ceci est bien clair et correspond parfaitement à ce que j’ai constaté depuis des années.
    On voit bien que le bloc des conservateurs gangrène les partis traditionnels qui se revendiquent
    pourtant démocratiques.
    Je me rappelle qu’il y a une trentaine d’années le jeune LE DRIAN m’avais demandé pourquoi je ne militais pas au PS.Je lui avais répondu que son parti était bien trop conservateur pour moi.Il en avait paru fort étonné.J’en avais conclu à l’époque qu’il n"en avait aucunement conscience!Je pense qu’aujourd’hui encore il se croit progressiste!

    Publié par KERZU | 18/10/2011, 18:30
  2. http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses/2011/11/-quand-arnaud-montebourg-ps-demande-ma-t%C3%AAte.html

    Un article de jean Quatremer sur ses démélées avec A. Montebourg, ou il revient sur les liens idéologiques entre gauche et (extrème) droite souverainiste. Le sujet est l’Europe, pas la Bretagne, mais ca revient au même.

    Publié par sternebzh | 08/11/2011, 00:53
  3. Histoire d’illustrer une nouvelle fois le propos (ca date d’octobre 2011)

    MOTION ADOPTEE PAR LE PARTI DE GAUCHE

    A propos des langues régionales et minoritaires

    Le Parti de Gauche est parfois interpellé sur la question des langues régionales et/ou minoritaires et leur enseignement. Nous voulons, avec cet argumentaire, affirmer et préciser notre position de principe sur ce thème.

    La France s’est dotée, depuis les années cinquante, d’un cadre législatif protecteur pour les langues régionales.

    L’apprentissage des langues régionales et minoritaires est possible dans l’enseignement public : basque, breton, catalan, occitan, corse, tahitien, ainsi que 4 langues mélanésiennes. Les langues régionales et minoritaires sont prises en compte pour l’obtention du bac.

    Rien donc n’empêche dans les textes la pratique des langues régionales pour celles et ceux qui le souhaitent.

    Ce débat a lieu dans un contexte général d’offensive libérale.

    En particulier, la réforme des collectivités territoriales constitue l’un des dispositifs de ce projet de concentrations imposées, renforçant la concurrence et les inégalités entre les territoires et nourrissant les inégalités sociales. De plus, la question d’un acte III de la décentralisation est aujourd’hui ouverte dans le débat public. Cette contre-réforme et ces projets ne font qu’obéir aux directives européennes qui visent à transformer la France en une juxtaposition de provinces et de grandes métropoles en compétition les unes avec les autres dans le cadre du grand marché transnational de la concurrence libre et non faussée.

    La droite mène cette offensive libérale, elle qui orchestre la grande braderie du service public de l’éducation nationale : suppressions de postes, marchandisation et mise en concurrence avec l’enseignement privé qui se voit accorder toujours plus de privilèges. Ainsi s’organise l’accès aux savoirs sous conditions de fortune, qui renforce les inégalités sociales devant l’accès au droit à l’éducation.

    Les arguments qui sont avancés pour aller encore plus loin dans l’enseignement public des langues régionales ne sont pas recevables pour nous.

    L’antagonisme entre les principes républicains et la prise en compte d’un patrimoine culturel et linguistique, avancé par certains, est factice : parce que nous sommes toutes et tous différents, tout en étant avant tout des semblables, nous avons besoin d’égalité. Revendiquer des droits particuliers à une catégorie de la population au nom des différences, est une atteinte à l’égalité républicaine.

    Dispenser un enseignement public uniquement dans la langue de son choix, y compris en immersion, au détriment de l’apprentissage de la langue commune, le français, signifierait que des groupes entiers de locuteurs ne se verraient enseigner durant toute leur scolarité qu’une langue compréhensible uniquement par une fraction de la population de notre pays. Nous réaffirmons avec vigueur notre attachement au maintien d’une langue véhiculaire commune permettant à tous les citoyens de se comprendre. Le français doit être la langue de référence unique dans l’ensemble du service public d’éducation.

    C’est aussi une erreur de faire des langues régionales une catégorie à part par rapport aux autres langues : par exemple les langues mortes et les autres langues étrangères dans leur diversité.

    Nos principes et propositions :

    Le PG réaffirme son attachement aux principes républicains qui sont évidemment compatibles avec la valorisation de tout patrimoine culturel.

    Le PG s’oppose au projet libéral de l’Europe des régions qui vise à la mise en concurrence des territoires et affaiblir le rôle régulateur des états. Pour le PG, l’Etat devrait d’ailleurs être un rempart contre la dérégulation néolibérale qui détruit les solidarités et les services publics.

    Le PG rappelle son attachement à l’attribution exclusive des fonds publics à l’enseignement public.

    Le PG réaffirme son attachement à l’apprentissage par toutes et tous de la langue française dès le plus jeune âge comme garantie de la cohésion nationale et s’oppose à l’institution de droits particuliers pour des groupes particuliers. Nous réaffirmons l’unité et l’indivisibilité de la République par la préservation d’un langage commun.

    Le PG n’est pas pour la ratification de la Charte européenne des langues régionales et minoritaires car elle impose d’introduire des droits particuliers pour une catégorie de citoyens.

    Le PG est favorable à l’enseignement des langues minoritaires de manière optionnelle dans le cadre du service public d’éducation.

    Le PG réaffirme que le français est la langue administrative et la langue véhiculaire commune.

    Octobre 2011

    Publié par sternebzh | 09/11/2011, 17:39

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: La revue N. 9 : Etat français, Etat belge « Sterne - 17/10/2011

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