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International, Minorités, politique

Sixième réforme de l’Etat belge : quel avenir ?

Les négociations sur la nouvelle réforme de l’Etat en Belgique continuent d’être perçue très différemment par les différents groupes culturels qui composent cet Etat né au XIXe siècle. Une chose est claire : ce n’est qu’une étape dans un processus de long terme.

Quelles sont les grandes lignes de cette réforme ?

Cette sixième réforme de l’Etat a enfin dénoué le dossier de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvoorde (BHV) qui empoisonnait la vie politique du royaume depuis des décennies. Jusqu’à présent, les francophones vivant dans la périphérie de la région Bruxelloise, donc en Flandre [[ Note de bas de page : la Belgique est composée de trois régions, la Wallonie, la Flandre et Bruxelles, ville flamande francisée au XIXe siècle et formant une région à part]], bénéficiaient du privilège de pouvoir imposer leur langue et leurs partis politiques à une partie des flamands. C’est terminé, les partis politiques francophones ont enfin accepté de mettre fin à ce déséquilibre qui au fil du temps, avait permis de commencer à franciser la Flandre.

Par ailleurs, les 70.000 francophones de six communes situées juste à la frontière entre les deux régions voient leurs privilèges garantis. Ces « facilités » accordées par la Flandre il y a 40 ans pour permettre aux francophones arrivant en Flandre d’avoir une vie plus simple avaient fait l’objet d’un quiproquo : pour la Flandre il s’agissait de droits temporaires le temps que les francophones apprennent le néerlandais, ces derniers de leur côté estimant que ça les en dispensait et qu’ils pouvaient imposer leur langue à cette partie de la Flandre. Le dossier a progressé mais n’est pas encore dénoué.

Par ailleurs, un élargissement de l’autonomie fiscale des régions et certains transferts de compétenes ont été négociés.

La Belgique est-elle « sauvée » ?

La N-VA, parti conservateur et indépendantiste arrivé en tête aux élections de juin 2010, ne participait pas aux négociations gouvernementales. Son score important et son rôle de plus en plus actif ont rouvert les discussions sur l’avenir de la Belgique en tant qu’Etat. Le schéma simpliste consistant à penser que la Belgique était en danger parce que n’ayant pas de gouvernement et que la N-VA voulait provoquer la crise pour faire éclater le pays a assez bien marché, et on assiste du coup à un afflux de commentaires disant que la Belgique est désormais sauvée.

C’est oublier que dans sa campagne de 2010 la N-VA avait clairement dit qu’elle ne voulait pas l’indépendance à court terme mais « l’évaporation » de la Belgique par des transferts de compétences aux régions progressivement et en douceur. En ce sens on peut dire qu’une parti de ses revendications ont été satisfaites et qu’on a passé un pas de plus vers le démantèlement de l’Etat belge.

Le problème de la crise politique belge vient d’un quiproquo entre les deux peuples : alors que les partis flamands défendent soit une évolution du fédéralisme vers plus de région et moins d’Etat fédéral soit une séparation, les partis francophones ne réclament pas de réforme de l’Etat supplémentaire et se contenteraient du statut quo.

Va-t-on séparer la Belgique ?

A court terme non. Les sondages ne donnent pas de majorité de flamands pour la séparation de l’Etat. Il y a une tendance de fond nationaliste qui est profondément ancrée dans la société flamande mais qui n’est pas majoritaire. De plus, les revendications linguistiques d’enrayement de la vague d’imposition du français en Flandre si elles sont partagées par une large frange de la société flamande ne sont pas liées à une revendication politique nationaliste. Ce qui rend tout à fait inconsistant et stérile les discussions à court terme sur l’éclatement de la Belgique. A part les fachos du Vlaams Belang, tout le monde l’a compris.

Cet exemple belge nous apprend deux choses : on ne construit pas un Etat à partir de rien, on n’émancipe pas une nation en claquant dans les doigts. On émancipe une nation en démantelant progressivement le gouvernement central et en faisant preuve de patience. On ne convertit pas une opinion publique au nationalisme par l’opération du saint esprit en une journée, un mois ni même une année. L’émancipation des nations sans Etat est un processus qui doit avoir lieu démocratiquement, sur le long terme et qui doit être ancré dans la société pour pouvoir avoir une chance d’être portée.

SK

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Rétroliens/Pings

  1. Pingback: La revue N. 9 : Etat français, Etat belge « Sterne - 17/10/2011

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